A Paul Adam
... Vous savez que peu d'écrivains furent, autant que moi, privés de caresses. On a même tout fait pour me tuer. Cependant on m'accorde des dons supérieurs. On a cette bonté. Quelques-uns vont même jusqu'à me donner du génie. Mais tous se feraient arracher la peau du derrière avant d'en informer un public quelconque.
Quelques gifles retentissantes sur les faces de quelques gourmets d'étrons n'expliquent pas assez l'unanime délestation de la truandaille. Il y a des causes plus profondes que j'ai dites et que je dirai sans cesse. On ne veut pas d'un personnage qui profère l'Absolu, fût-ce dans un clairon d'or...
Je n'ai pas votre tempérament. La pitié ne peut pas éteindre en moi la colère, parce que ma colère est fille d'un pressentiment infini. Je suis mangé par le besoin de la Justice comme par un dragon affamé depuis le Déluge.
Ma colère est l'effervescence de ma pitié...
27. — Qu'est-ce qu'un « scatologue »? C'est un auteur qui ne se vend pas. Un romancier qui tire à cent mille n'est jamais un scatologue.
Novembre
26. — Le plus terrible châtiment, pour des époux criminels, ne serait-ce pas d'engendrer un monstre? C est
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précisément l'hretoîre d'Adam et d'Eve qui ont engendré le Fils de Dieu. Ego swn 'vwmis et non-homo : oppvebrium hominum et abjectio plèbes.
Nous déplorons, une foi«'de/plus, l'impossibilité d'être compris, Fût-ce de nos amis les plus intimes. Elevée dans les ténèbres -palpables <lu monde luthérien, «ma femme, longtemps = avant de me connaître, fut tourmentée du désir, du besoin violent de De pras protester^ d'entrer enfin dans l'Absolu, et demanda, avec une simple foi, d'être entièrementrséparée;<iu:monde. N'a-t-elle pas été exaucée, d'une manière tout à fait parfaite en m'épousant ?
FivjaiEa
7. — JEbkest Iîello. 11 n'y aura peut-être jamais une réalité plus troublante que la ressemblance physique d'Eraest Hello et -d'Henry de Groux. Il fut Jiéce.ssab -e à l'équilibire d'ori ne sait .quels globes rampant sur le «ein des gouHres, que le peiiilre des Tourments configurât extérieurement ce Provocateur de la Foudre.
Pour les très-rares qui connurent lle'llo, c'est effrayant de le contempler ainsi, après sa mort, dans la plus brûlante cave de TEnfer.. Car la peinture -d'Henry de Groux paraît être ce Lieu terrible.
Vu dans .l'espace, Ernest. Hello. faisait penser au paralytique delà piscine .de Betli-Saïda, guéri par .uue parole de Notre-Seigneur, et il avait toujours Voir de, parier son lit '.
Ce grabat est devenu, par uu miracle plus grand, l'héritage de son ménechme qui le démonta pour en
•1. Mot inintelligible p,our .les gens <jui , ne savent jpas quîHeilo était légèrement bossu.
LE WHWBKKT I!VG»AT 227
faire un chevalet colossal. Tel est le mystère -que je propose aux rêveuTS.
Tous les hommes sont des déterres, et la tombe d'IIéllo — sa vraie tombe — doit être VIDE.
M au s
7. — Il n'y a pas de hasard, parce que le hasard est la Providence des imbéciles, et la Justice veut que les imbéciles soient «aras Providence.
8. — Premier fascicule des Vendanges. Horrible dessin d'Henry de G roux. Yoici mon premier 'Chant :
La "Vigne abarbo^ïe
tEloï, TZloi, tfawwna sabacthani-?
Le peuple, autrefois, croulait sur les dalteR, quand ces mots hébreux étaient Jus dans i'évangéliaire plein d'enluminur. s, à loïiice du duuxiéme jour de la Semaine douloureuse.
©n avait autant :de charria .qu'on iea pût avoir, parce que tous les hommes, alors, étaient des enfants, et quepius les hommes étaient forts, plus ils se faisaient semblables à de tout petits enfants.
On mourait, véritablement, de savoir que Jfésus était «abandonné paT son adorable Père, sur sa Croix et dans ses LaiigueurF.
[Les 'Langueurs 'de Dieu! La Déréliction de Dieu ! C'était cela, surtout, qui crevait le cœur!...
Mais que nous voici loin de ces temps abécédaires et combien raisonnables et savants ne soinmes-noas .pas devenus, depuis qu'on cessa de pleurer d'aDïour,!Sou6 un .firmament expliqué!
Le pinceau "p^le des 'projections -étectriqueB, précise, désormais, l'Ignominie du Sauw^aT des 'Aimes.
Ce rayon livide édàire ee Soleil éteint ;qui jae dansait .plus
de lumière et dont la place même était si profondément oubliée que ceux qui pleurent avaient renoncéà le chercher.
Le voilà bien, le pauvre Dieu qui n'en peut plus d'être abandonné, qui n'en peut plus de toujours mourir et qui meurt, décidément, de l'Opprobre scientifique sans avoir été secouru !
Les bêtes immondes peuvent s'approcher. Elles seront moins outrageantes que cette blafarde phosphorescence de pourrissoir qui les encourage.
Ego sum Resurrectio et Yita. Est-ce bien là votre Parole, Seigneur?
Voilà que vos dernier» amis, et les pauvres même, sont en fuite. Votre Calvaire, à la fin, devient trop affreux et, si les gens qui sont en poussière pouvaient revivre, ne pensez-vous pas qu'ils s'éloigneraient, eux aussi, de voire Personne, en jetant des cris?
Autrefois, Rédempteur souffrant, vous étiez le Père des pauvres. Vous vous appeliez leur Tête et ils s'appelaient vos Membres, parce qu'ils espéraient votre Gloire.
Mais cela, vraiment, c'est trop et si vous continuez à languir seulement un siècle déplus, il faudrabien qu'on vous nomme le Père des Morts.
Quelqu'un parait cependant, Quelqu'un qui est tout en pleurs.
Ce n'est pas la Mère. Ce n'est pas l'Evangéliste. Ce n'est pas non plus l'Amoureuse d'or, là Fiancée magnifique, cette Madeleine des incendies, dont les larmes sont aussi « dures» que les cristaux de l'Enfer.
Ce n'est pas un Martyr, ni une Vierge, ni un Confesseur. Et c'est encore moins, à coup sûr, un de ces Innocents trucidés qui jouent, depuis deux mille ans, avec leurs palmes et leurs couronnes, sous l'Autel des Cieux.
Celui-là, c'est un Etranger, parmi tous les étrangers. C'est un Inconnu solitaire qui n'attend personne et que personne n'allend.
Serait-ce Lui que Jésus a tant appelé dans sa Langueur, le Libérateur mystérieux qui doit le décrucifier?
Mais alors, bon Dieu! qu'il a mis de temps à venir 1
Ah! sans doute, quand le Christianisme était tout à fait sublime, et que le Sang brûlant de Jésus-Christ coulait dans les veines de ses premiers Saints, comme uu impétueux métal en fusion qui galoperait dans des aqueducs de bronze; — quand les petits enfants et les filles impubères empruntaient « la voix des cataractes » pour chanter; — quand une armée de lions affables et tout un empire de bourreaux étaient en présence; — quand les chrétiens se promenaient parmi les tortures, ainsi qu'en un jardin délicieux, et que le bruit de leurs tourments faisait suer d'horreur les murailles des villes d'Asie; — oui, sans doute, en ce temps-là, il ne pouvait être question de déclouer le Sauveur du monde.
Les siècles donc vinrent se coucher timidement au pied de la Croix. Et lorsque l'Eglise eut enfin posé les piliers de son trône sur les quatre coins de la terre, le Moyen Age, crénelé de basiliques, n'espéra pas mieux que de souffrir.
11 fallait l'échéance actuelle et le cyclone de turpitudes qui souffla du Protestantisme.
Mais, encore une fois, qu'il est tard! et qu'il paraît misérable ce Libérateur supposé, cet Elie des éclaboussures et de la racaille qui se manifeste en pleurs à l'instant lugubre de la Fin des fins.
Si cest là le Consolateur, on le voit tellement au-dessous du malheur même, que la Misère épouvantable du Christ ressemble aussitôt, par comparaison, de la magnificence.
Après tout, il a sa Croix, le Seigneur qui meurt. Il a son Eglise, — maintenant accoutrée d'injures, il est vrai.
Il a eu des adorateurs qui se firent écorcher vivants pour l'amour de lui. Un grand nombre d'autres, à force de le regarder, ont obtenu, pour eux-mêmes, la stigmatisation de ses Plaies...
PAGES CHOISTES
C'est le Sa'.omon des ignominies, et l'univers a beau ne plus en vouloir, l'univers tri -.te et galeux est plein de sa Face.
L'autre n'a rk'O, absolument rien. Pas même-- le regard d'un désespéré, pas mêm-î l'attention- des botes venimeuses qui gro sibent, désormnis, sur le G-dgotha.
EU bien! tant mieux! Surgo, iMumàmêUi , Jiarwalem ! Paur délivrer le Tîoi des pauvres, il (a liait peul-elne Quelqu'un qui fut plus pauvre- que lui et; qui arrivât... trop tard.
C'est l'Ouvrier de la dernière seconde de la dernière heure.
C'est celui qui crut que le jour ne pouvait jamais finir et qui vient même' après celte abominable vermine qui craignait d'arriver trop tôt.
Si le Maître de la Vigne rémunère autant les ouvriers de la « onzième heure » que les travailleurs qui ont porté le poids du jour, que sera-ce de cet impossible compagnon; q >.i se présente lorsqu'on a cessé de payer lesuiereenai-es, lorsque tout, le monde est parti et que les puits de la' Nuit, se sont o^ve.-t.s?...
Il faudra bien lui donner- la Vigne elle-même, la. Vigne paie et abandonnée, la pauvre VIGNE du Seigneur qui meurt.
Mai
30. — Vous n'avez pas la notion de la durée, ai-je dit à. un homme inexact,, et c'est extrêmement, grave. Les heure S; ne; se ressemblent, pas, les joues, non plus. Il existe:,, entre chaque heure du jour et chaque jour de la semaine, une différence absolue, essentielle, divine.
Exemple. D'après la Genèse, le Lundi appartient à la Lumière; le Mardi au Ciel'; le Mercredi à la Terre, à la Mer et awx' Végétaux:; le- Jeudi: aux ÀsjfcrBS.;;l« Vendredi aux Poissons, Reptiles et Volatiles; h> Samedi aux Bêtes et à l'Homme; lé Dimanche au Repos du Seigneur.
Je suis persuade qu'un tableau analogue pourrait être établi pour chacune des heures du jour ou dé la
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nuit, pour chacun des mois de l'année et pour chacune des années d'un siècle.
Lorsque, vous avm décidé — avec. plus ou. moins de papesse — que telle chose devra être faite par vous, tel jour et telle heure, ce -jour1 et celte heure reçoivent, de la puissance mystérieuse de votre vouloir, un certain caractère d'opportunité qui destitue, aussitôt, les autres jours et les autres heures de ce qui pourrait les rendre favorables au succès de votre dessein.
On est donc à peu près sûr d'échouer, si on manque d'exactitude, c'est-à-dire si on intervertit le rôle des Lèvres ou des jours,, puisqu'il faut alors que Dieu agisse miraculeusement pour que le succès soit obtenu quand même.,
Juin
6. — Le mot de saint Paul : Videmu& nunc per spéculum in xnigmate serait la lucarne pour plonger dans le vrai Gouffre qui est l'àrne humaine. L'épouvantable immensité des abîmes du ciel est une illusion, un reflet extérieur de nos propres abîmes aperçus « dans un miroir ». Il s'agit de retourner notre œil en dedans et de pratiquer une astronomie sublime dans l'infini de nos cœurs: pour lesquels LHeu. a voulu mourir.
Aucun homme ne peut voir que ce qui est en lui. Si nous voyons la; Voie lactée, c'est qu'elle existe véritablement dans notre âme-.
8". — Essayé de relire l'Eve future de- VUÏiers. Trop de science humaine et trop peu de science divine. C'est la même impression que pour Edgar Poe. Ces poètes ne priaient pas et leur mépris, éloquent parfois, n'est que l'amertume de leur impatience terrestre. Ils sont pleins de terre comme les iioLes.