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Second poème des Vendanges

Lb Cortège de la Fiancée

La Femme qui trouble malicieusement l'âme d'un vidangeur, et qui ne se livre pas, aussitôt après, à ce vidangeur, sera jugée par un tribunal de prostituées et d'homicides. Telle est la loi, vérifiée par dix-neuf siècles de christianisme.

— Tu nous fais crever de désir et de désespoir, ô Jardin suspendu de la Volupté que soutiennent toutes les colonnes sociales.

Tu es haute et folle comme la mer et tu cribles de tourments les malheureux qui « reçurent leur âme en vain ».

Horrible Vierge aux entrailles inaccessibles, Verseuse de poison, Echansonne de la mort, Brute sublime !... les petites étoiles qui roulent dans le fond du ciel nous sont plus proches que toi, beaucoup plus proches, et c'est effrayant de penser à la multitude morose des cochons noirs qui te font cortège et qui auraient pu demeurer des hommes, si tu avais eu le cœur assez grand pour devenir, tout de bon, une gourgandine !

Or, tu es une vierge sage qui ne laisse pas éteindre sa lampe et tu es toujours prête aux délectations et transports de l'Epoux qui vient sans être attendu. Tu n'as souillé ni ta robe, — à peu près absente, il est vrai — ni ta chair très-pure, et cela t'est bien égal, n'est-ce pas? si tous ces morts qui sont derrière toi, si ces pauvres morts sans de profundis tendent leurs ombres de mains pour te supplier.

Tu crois si bien, Gueuse atroce, que le firmament t'adore, que la mécanique des deux fonctionne pour toi et que tu ne dois rien à la Vermine.

iMais, prends garde, ils sont patients, les petits convives de la pourriture des jolies femmes; ils sont tout à fait patients et tout à fait immortels — et ils ont rongé la tète des Dieux !

Puis, encore une fois, nous sommes troublés, nous autres, les humains fragiles, nous sommes troublés d'une manière épouvantable, et ce trouble est parmi les choses que Jésus porta dans son Agonie.

Cette amertume sans nom de concupiscence déçue est la lie

même du Galice qu'il lui fallut boire. Car c'est la plus hideuse des tortures. C'est le supplice qu'il est impossible de magnifier, celui de tous qui efface le mieux la Forme de l'Homme, parce que c'est le seul qu'il ne peut choisir.

Des êtres faits à l'Image du Dieu qui souffre, et dont les âmes eussent pu être comme des torrents vers un Pacifique de lumière, ont perdu, à cause de toi, Idole imbécile, celte Ressemblance d'origine qui les configurait à la Raison éternelle.

Roulant dix mille marches, ils sont devenus plus bêtes que toi, pour t'accompagner sur leurs quatre pieds jusqu'à cetteeau noire, — là-bas, sous cette guenille de la lune.

Ceux-là sont les vivants, les prétendus vivants de la terre.

Mais tu es toute pleine de morts.

Qui les comptera, depuis tant de siècles? N'es-tu pas, dès toujours, le lieu commun de la plus banale misère des enfants des hommes?

Tondeuse du faible Samson, Exterminatrice des innocents, Prophétesse des tourmenteurs ;

Vierge putride, Vierge inclémente, Vierge infidèle;

Miroir d'injustice et Trône de folie;

Vase de matière, Vase de honle, Vase de blasphème ;

Tubéreuse des asphyxies, Tour de la faim, Donjon des pleurs et des grincements ;

Porte des lieux souterrains ;

Etoile funèbre ;

Agonie des agonisants et Consolatrice de ceux qui ne sont pas aifligés ;

0 Notre-Dame de Recouvrance pour tous ceux qui ne seront jamais chrétiens;

Regina Tenebrarum et locorum Tristitise ;

C'est toi qui promènes invisiblemenl, par toute la terre, la Tête coupée du Précurseur dont te paya l'érotomanie du vieux tétrarque 1

On te nomme, exactement, la Jeune fille du monde, de ce « monde » pour qui le Sauveur a déclaré qu'il « ne priait pas » (Non pro mundo rogo).

Tu es, en effet, la Pucelle cochonne et saturée de parfums,, dont nos prêtres sont édifiés, qui communie régulièrement à

sa paroisse, qu'aucun homme n'a c omit airain ée et qui s'agenoi.iiie avec 'élégance pour recevoir le fiorps de son Dieu dans les lalrines deson cœur ! ..

Songes-tu, migtKHHUîj que tous ces morls, Itaui ce? lamentables morls sans yeux et privés d'entrailles, sont i icoriigibles de tabeauié, qu'ils ne cessentde hennir vo.es toi, du fond de la (erre, et que le» promessns d'une fille .coquette sont, pour elle, d'authentiques et indissolubles fiançailles à la Pourriture?

lis te réclament, ces putréfiés. Implacablement ils detiement la cédule de les sourires, de tes regard-sy d« les postures amoureuses* cl les noirs pourceaux qui te eouriisenl, dans le Salon de la Nuit, sont inhabiles à les supplanter. Que tu veuilles; oune veuilles pas, il faudra1 qu'ils: te possèdent, ces in^ocufiables épxM.ix, ca'r i«t n'est pas de promesse qui ne se doive infailliblement accomplir, à la fin des fins !

Et regarde! — 6' Dieu tout-puissant! — regarde I La fosse nuptiale est tout près de toi !

Ju.IL.LET

1er. — Apothéose funèbre de Garnot. Camionnage au Panthéon. Foule immense. Le* mosose. figurant du Guignol des potentats, ayant été assassiné de- même façon qu'Henri IV, attrape la grandeur, comme il attraperait une mouche, — dans son agonie, — et se profile tout à coup en Roi-martyr.

Août

19. — J'allume- facilement wn pauvre homme en lui disant qu'une pensée parfaitement vraie, exprimée en fort bons termes peut satisfaire la raison, sans donner l'impression du Beau; mais qu'alors, certainement, il y a quelque chose de. faux dans l'exposé., II. est indispensable que la Vérité soit dans la, Gloire,. La splendeur du style n'est pas. un luxe, c'est une nécessité.

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