A Henry de Groux
... Savez-vous que, pour être un vrai chrétien, c'est-à-dire un Saint, il faut avoir un cœur tendre dans une carapace de bronze? L'Evangile raconte qu'au centre de la plus inexprimable douleur, le Christ eut pitié des brutes qui le crucifiaient et qu'il supplia son Père de leur pardonner. « Ils ne savent ce qu'ils font », lui cria-t-il. Songez maintenant que le boucher ou le charcutier immonde qui, non contents de massacrer de pauvres êtres, les défigurent ignoblement, ridiculement, après leur mort, continuent, — en une manière, —
S38 PAGES C1IOJSJLES
dans les plus .insondables ténèbres, i'immnlaiion du Sauveur et quliis son! enveloppés dans Sa Bvière. Ils en ont d'aillant pins besoin qu'ils sont plus abjects, plus inconscients, plus Calfeutras dans une ignorance eifroyabTe de ce qu'ils font. .
Jésus est an centre de tout, il assume tout, il porte iuul, il souifre tout. Tl est impossible 'de frapper un être sans le firâppw, d'hu radier qaelq-a'-WFrsBns l'humilier, de maudire ou de tuer qui que ce soit sans le maudire ou le toe-r 4ui-jnèaas. ;Le plus vil de tous les goujats est forcé d'emprunter le Yi-m? ■ du Christ pour Décevoir an soufflet,, de n'iinpcrte quelle œaiu. Aulreoieni, .la claque ne pourrait jamais l'ai teindre et. res tarait suspendue, dans l'intervalle des planètes, pendant les siècles des siècles,, jusqu'à ce qu'elle eût rencontré la Face qui pardonne
Avant d'être -père, Je comprenais mal l'Oraison dominicale. fater noster... Quand mu petite "fille me parle, il *ne semble qoe mon vigne arrive . . .
9. — La Nécessité et la Liberté sont identiques — en Dieu. La Nécessité de Dieu, c'est sa Gloire.
15. — Jésus .guérissait toutes Les maladies. De quelle .manière? En l&s prenant sur Lui, mystérieusement et invinciblement ; de i'açan à devenir, en vérité, le U^reuso -ajuion.ee par Isaïe, riiitiinneabsoLu, in quo -omma constant. Le mal physique n'étant qu'une .suite du Péché, Jésus commence toujours par remettre ses péchés au malade qu'on lui présente et il prend ce fardeau sur lui. Le malade alors est subitement -guéri. Mais son mal n'est que déplacé. Il est maintenant sur la Personne du Christ, avec les péchés que Celui-ci vient d'assumer. (Test «ffr-ay»»t «do -ae dire traal «o est toujeturs akî&i et que l'Evangile oorrliima...
18. — Le Paradis terrestre était nécessairement toute ia terre. Autrement 'la terre n'auraît pu être maudite, jmisqu'en supposant le Jardin de Yoltipté un Heu dëterminé, louly au delà des limites de ce lieu, eût été ce que nous voyons et, nar conséquent, n'aurait pas eu besoin de malédiction.
Adam, avant sa chute, était dans un état inimaginable, analogue, se mble-t-iî, à calui de Notre Seigneur dans son Humanité glorieuse, après la Résurrection : Luminosité, A:;iL!i \ .S.abtilité, Ubiquité, etc., la matière ne pouvant lui l'aiiîc obfctaole.
Adam, avant sa chute, était comme un charbonà l'état d'incandescence. Brusquement -étedi/t, il a perdu sa lumière et sa ehaleux; il est devenu froid :ei noir.
J ANVJER
46. — ... Genève n'est pas une ville ©ù. on mla^Brsonnellement offensé. Ce n'est pas non pkrs une vrille ,où foisonnent exclusivement les hypocrites, ;qui rpuliiiient non moins ailleurs, en Angleterre, par (exemple, £>n en Allemagne, pour ne rien^dire de la France.
Pour moi, Genève est la ville bassedra m©nde,;la Cité infâme parmi les infâmes. Dico vobis, quia Sodomis in die il la remisxius erit, quam illi civilabi. Cestileifoyer.de la cafardise et de 1 egoïenie fangeux eu inonde, depuis trois cents ans?, et c'est àk ce que je '«eux nrantcer...
26. — Réveillé par les cris terribles de Jeanne, je :me précipite pour assister au dernier soupir de notre fils André. Moment effroyable. 'Nouvel épisode à notre effroyable vie!...
28. — Tout ce -que j'avais de 'piws ^rëcienrx... Voici, mon Dieu, ce petit ^corps déplorable... Je vous l'offre d'un cœur brisé, et je ne peux rien de plus, en vérité !
Février
23. — La plus Tuine«se des folies, décéaLéanent, c'est de n'être pas un msîqaereau ou un imhéeiie.
Mars
23. — Commencé la lecture d'En Route, le récent livre de Huysmans, dont l'art pénible me harasse et dont l'ignorance documentée me lève le cœur.
24. — Continué En Route. Le vrai titre serait En Panne. Huysmans ressasse des niaiseries et des saletés, sans jamais avancer d'un pas. Cependant il découvre le Catholicisme et s'étonne profondément de la trouvaille. Ennui énorme.
L'indigence d'imagination de ce découvreur et le creux de sa cervelle donnent le verlige. 11 n'a que des yeux et des oreilles, — dans le sens le plus charnel, bien entendu — et encore... Simple trait, profondément caractéristique. Dans En Route, les enfants haïs et méprisés, comme dans tous les livres antérieurs, sont invariablement appelés gosses. Que penser de ceci : l'apologie du Catholicisme entreprise par un écrivain dont l'instinct a toujours été d'avilir ?
25. — Achevé En Route. Que ne suis-je encore l'ami de Huysmans ! Je luidonnerais un précieux conseil. Après Là-Bas et En Route, pourquoi n'intitulerait-il pas ainsi son prochain tome : En Haut! Tout le monde DESCEND?
Mai
12. — Je repense au triste livre de Huysmans qui fait quelque bruit depuis deux mois. Je me rappelle qu'en un endroit, cet imprévu docteur juge médiocre le rituel du mariage, ignorant, sans doute, que. le mariage est un Sacrement, et même « un grand Sacrement », selon saint Paul. Ailleurs, il a l'équité de condamner le roi David, et dans quel langage! sans soupçonner, une minute, la majesté colossale d'un personnage que
l'Esprit-Saint nomme sans cesse le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ... Il est vrai qu'il ne faut pas demander à l'auteur des Sœurs Vatard une intelligence quelconque ou même une approximative notion du Livre sacré. En général, cet apôtre semble croire que la Religion est une esthétique. Quel cerveau !
Les pages d'En Route qui veulent être lyriques font penser à des fleurs artificielles qu'on offrirait à Marie dans un pot de chambre.
24. — A la sortie de l'église, un vieillard m'a proposé de m'affilier à la confrérie du Saint Sacrement, me conseillant, déjà, d'aller voir le président qu'il cherchait à faire valoir en le déclarant 'propriétaire... Réponse : — Ah! il est propriétaire, votre président? En ce cas, il n'y a rien de fait. Vous me reparlerez de votre confrérie, lorsqu'elle sera présidée par uu mendiant.
31. — Misère horrible... Il n'y a pas longtemps, Véronique, me voyant fort triste, vient à moi, me prend par le cou et, avec une tendresse extrême, me dit : — Mon cher petit papa, ne pleure pas, je te donnerai quelque chose. Et la pauvre enfant cherche, parmi ses jouets, ce qu'elle pourra m'offrir. Aujourd'hui, à la messe, ce souvenir me remue le cœur avec trop de force pour ne pas correspondre à quelque chose de divin. Y a-t-il rien de plus déchirant que la compassion de celui qui n'a rien et qui veut, pourtant, donner quelque chose ? Et Dieu n'est-il pas le Pauvre des pauvres?
Juin
2. — Dimanche de Pentecôte. Abstinence et jeûne... On a vécu, toute la journée, d'une salade. Cela dans les ténèbres « extérieures ». Car voici une circonstance des plus étranges : Ce soir de Pentecôte, nous sommes sans lumière !...