La Bonne Souffrance, p
celle et s'il a peur, comme saint Pierre en marchant sur les flots1 », dites-vous qu'il est bientôt rassuré par «les ailes d'ange, qui lui poussent aussitôt après une absolu-, tion2». La Bonne Souffrance fourmille de ces expressions rafraîchissantes. Il faudrait tout citer, tout copier. Songez qu'il nomme Y Ave Maria un «délicieux appel»!
Ah ! il a raison de ne pas se mépriser ! — Si l'on n'allait que chez les gens qu'on estime, dit un personnage de comédie, on n'irait presque chez personne et même il y aurait des jours où on ne pourrait pas rentrer chez soi. Qui donc oserait se flatter d'un domicile si Coppée couchait dans la rue?
Aujourd'hui, Coppée est devenu une espèce d'homme politique. En même temps qu'il soutient l'Eglise, il a mis son âme allégée de turpitudes au service de la patrie. 11 préside des réunions et fait même, je crois, des discours. Cela m'afflige, et je regrette l'époque, déjà si lointaine, où le Journal publiait, chaque semaine, une chronique de ce renaissant chrétien. La plupart du temps, cette chronique pouvait être considérée comme le bulletin hebdomadaire de son impotence. Rien de plus, rien de moins. Mais qui dira combien cela remuait les reins et les cœurs ?
Généreux et cher vieillard! Je crois le voir encore écrivant dans son lit mécanique entouré d'«êtres chéris », continuellement réparé par l'infatigable chirurgien qui lui « sauve la vie » tous les quinze jours et « rêvant d'innocence immortelle » entre les fioles et les vases. Aussi longtemps que dura son mal, nous privat-il, une seule fois, du récit de ses douleurs? Quelqu'un eut-il le droit d'ignorer les vicissitudes cruelles de sa