La Bonne Souffrance, p
2. Un jour, en 1900, à Copenhague, on me demanda ce que je pensais de la Bonne Souffrance. — C'est un lavement rendu, répondis-je. Concise appréciation qui fut goûtée. On était à table. De telles paroles ont le pouvoir de réconcilier beaucoup avec la vie.
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digestion ou les poignantes péripéties de son uretère? Eh bien! ce moribond sans cesse ajourné trouvait ia force de nous consoler et de nous instruire. Et quelle surprenante, junévile et délicieuse fantaisie! Quelle liquidité de style, quelle transparence, quelle fluidité de pensée ! Quelle lecture pour les familles !
Un jour il s'attendrissait sur une vieille malle; un autre, il se comparait lui-même aune source pure souillée bientôt par les blanchisseuses et devenue plus loin un vaste fleuve qui recevait dans ses ondes les désespérés et les charognes ; un autre jour encore, il protégeait la religion — déjà ! — et, avec cette acuité de regard et ce merveilleux discernement prophétique insoupçonné de lui-même, il nous proposait comme un des derniers boulevards delà Foi le si digne prêtre qui a nom Victor Charbonnel. Le lendemain de l'incendie du Bazar delà Charité, ce juste gaga transporté d'indignation, écumant, fumant de rage et ne pardonnant pas à Dieu d'avoir consenti à l'immolation d'un aussi grand nombre de personnes riches, sut parler comme il convenait, lui reprochant, je crois, d'être un Dieu « rouge de sang » ou quelque chose de semblable1.
Plus tard, lorsqu'il avait dû vendre la Fraisière où « un peu de son âme resté dans les fleurs qu'il avait aimées 2 » allait être acquis — à vil prix, sans doute — par quelque inconnu ; avec quel art ne sut-il pas, en nous donnant l'adresse du notaire, étaler aux petites bougies son cœur désolé. Ces pages sont dans toutes les mémoires.
1. « On chercherait en vain un blasphème dans mes écrits. » La Bonne Souffrance, p. 7. Il a raison. Quand les pauvres soulïïent, on ne doit parler que de résignation. Dieu reste un Père infiniment adorable. Mais lorsque les riches écopent, Dieu est un bourreau, et il faut lui dire son fait. Il n'y a pas là le moindre blasphème.
2. «L'acheteur aura peut-être cette illusion que les fleurs qui embaumèrent les promenades d'un poète exhalent une odeur plus exquise et que les oiseaux qui chantèrent pour le charmer trouvent des chants plus mélodieux. » La bonne Souffrance, p. 82.
Oui je l'aimais mieux à cette époque, décidément. Ce qui Ta perdu, c'est de ressembler à Napoléon. Du moins on le fit croire autrefois à cette ressemblance, et cela est resté sur toute sa vie.
J'ai connu, dans mon enfance, un horloger de Périgueux qui passait pour ressembler, lui aussi, à Napoléon et qui se promenait, comme sur la colonne, la main dans son gilet, en consultant l'horizon.
De là le goût constant de notre François pour le bonnet à poil et la passementerie héroïque. De là aussi, je Y imagine, la mélancolie de ce poète sans batailles forcé de descendre du cheval deBonaparte avant Rivoli ou les •amides et de se mettre à la tisane sans espoir d'attraper jamais le ventre de l'Empereur. Il a fallu l'occasion du nationalisme le déchaînât, et c'est un joli spectacle pour la pensée que celui de ce général en chef, lieutenancé de stratèges tels que Jules Lemaître ou le Vénérable Edmond Lepelletier, galopant, son parapluie à la main, sur le front de bandière de cette grande armée de chie-en-lit.
0 Waterloo! je pleure et je m'arrête, hélas! Car ces derniers soldats de la dernière guerre Furent grands
Faut-il que l'Eglise soit malheureuse et que les catholiques aient tout mérité pour que ce ridicule vieillard soit cru quelque chose et pour que des prêtres et des évêques soient avec lui contre leurs propres troupeaux !
LE REVEREND PERE JUDAS (le pèhe didon)
(Conclusion)
La Genèse raconte qu'aux temps anciens « la terre
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étant encore mouillée et molle du déluge », Abraham vit venir à lui, comme trois fleuves de lumière, trois jeunes hommes formidables et mystérieux dont les visages devaient singulièrement resplendir, car la Tradition suppose que ces étrangers arrivaient du ciel et n'étaient pas moins que les Trois Personnes de Dieu.
Et c'était, dit le Texte, au moment de la grande « ferveur du jour ».
Le Patriarche était jeune aussi, quoiqu'il eût cent ans. Il était jeune comme l'Hospitalité et l'Adoration, et tout ce récit biblique a l'air de se dérouler ainsi qu'une trame de rayons vivants.
Sur le point de partir, ces visiteurs pleins de prophéties déclarèrent à leur hôte qu'ils reviendraient un certain jour, accompagnés de la Vie, et les siècles ont coulé sous l'arche de cette promesse colossale.
Aujourd'hui le Père de la multitude est devenu infiniment vieux. Il n'est plus assis, comme autrefois, sous les ombrages de Mambré et il ne se met point en peine d'accueillir honorablement les voyageurs. Il vend des lorgnettes et tarife la semence humaine.
L'universelle Eglise l'a supplanté depuis longtemps, quant au sens divin, et c'est Elle seule désormais qui pourrait héberger les trois Co-Egaux de la Substance.
Mais, hélas! qu'ils sont devenus eux-mêmes décrépits et lamentables, à force de courir le monde !
Les adolescents glorieux d'il y a quarante siècles sont maintenant les Trois Pauvres, les trois indigents effroyables et saboulés du mépris universel, qui implorent la charité des chrétiens aux seuils des chapelles.
Il y a le Père dont la douleur silencieuse intimide les constellations, et il y a le Fils toujours couvert de blessures, que ses plaies saignantes empêchent de cheminer ; mais qui va, quand même, les bras étendus sur son porteur, lequel est l'ineffable Troisième, dont, la face est si
invisible et dont les gémissements perpétuels ont l'air de sortir du fond des abîmes.
Faut-il voir, en ces malheureux, le Dieu très-puissant qui confabulait avec les Prophètes et les Patriarches en leur faisant épeler sa gloire?
Assurément, la moderne Eglise ne le pense pas. Ce qu'elle possède encore d'attendrissement ou d'entrailles appartient à des calamiteux d'un aspect plus divertissant, et lorsque ces terrifiques Agonisants de l'Eternité, dont les tremblotantes mains ont pesé les nébuleuses, passent dans les vents et les déluges au niveau de ses pieds d'argile,— tout ce qu'elle peut faire, c'est de leur jeter, comme à des chiens, un os littéraire pris à la carcasse d'un Dominicain sans sépulture que les nobles fauves et les vautours même ont dédaigné.