‹ Pages choisies. Avec une introdChapitre 32 sur 57 · FONTENELLE POÈTE · texte numérisé non relu

FONTENELLE POÈTE

Lieux consacres aux amours les plus tendres: Monlbrison, JMarcilli, noms toujours pleins d'attraits, Que n'ètes-vous peuplés d'Hylas et de Silvandrcs! Mais pour nous consoler de ne les trouver pas,

Ces Silvandres et ces Hylas, Remplissons nos esprits de ces douces chimères, Faisons-nous des bergers propres à nous charmer; Et puisque dans ces champs nous voudrions aimer.

Faisons-nous aussi des bergères.

Souvent en s'attachant à des fantômes vains, Notre saison séduite avec plaisir s'égare. Elle-même jouit des plaisirs qu'elle a feints; Et cette illusion pour quekjuc temps répare Le défaut des vrais biens (jue la nature avare

N'a })as accordés aux humains.

Ami, dans ce dessein je t'offre cet ouvrage; Nous avons eu du Ciel l'un et l'autre en partage

Le même goût pour les bergers.

Nous n'imiterons pas du héros de Cervantes

Dans de ridicules dangers

Les prouesses extravagantes.

Sans doute nos esprits ne seront point blessés Du fol entêtement de la chevalerie, Jamais par nous des torts ne seront redressés ; Mais pour cette puissante et douce rêverie. Qui fit errer Lisis dans les plaines de Brie, Avec quelques moutons à peine ramassés,

Rétablissant la bergerie

Dans l'éclat des siècles p'assés,

Cher ami, sans plaisanterie.

N'en sommes-nous point menacés?

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