‹ Pages choisies (volume 2)Chapitre 4 sur 32 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

il fallait les penser à nouveau, les organiser en un système cohérent. Si l’on ne tient pas compte des derniers livres et de quelques faiblesses inévitables dans une telle entreprise, Montesquieu a bâti une œuvre forte, qu’il faut replacer à sa date, pour en estimer l’originalité.

L 'Esprit des lois eut un très grand succès; vingt mois après sa publication il avait vingt-deux éditions, et il était traduit dans toutes les langues.

Nouveauté et intérêt de « l’Esprit des lois ». — Au point de vue purement littéraire, le mérite de V Esprit des lois est d’avoir annexé à la littérature un domaine nouveau. Ce que Descartes avait fait pour la philosophie, avec son Discours de la méthode , Pascal pour la théologie, avec ses Provinciales , Fontenelle pour les sciences, avec ses Entretiens sur la pluralité des mondes , Montesquieu l’a fait pour le droit et la législation. La matière était par elle-même aride; il ne faut donc pas trop récriminer si le littérateur apparaît parfois avec quelque complaisance. Il est faux d’ailleurs que Montesquieu ait, comme le prétendait Voltaire, « tout sacrifié à la démangeaison de montrer de l’esprit ». De l’esprit, certes il y en a, qui n’est peut-être pas toujours à sa place; mais les gentillesses de l’écrivain ne masquent jamais la gravité du philosophe.

A ce titre, Montesquieu se classe parmi les meilleurs de son siècle. Aussi vigoureusement que quiconque, il a dénoncé les abus tant dans l’ordre politique que dans l’ordre social. Ses attaques contre le despotisme, ses protestations contre la barbarie dans les peines, contre l’esclavage — et en cela il a été réellement novateur — , contre l’intolérance religieuse, ses revendications au sujet du devoir d’assistance de l’État envers les malheureux, ont été formulées avec une clarté de vues remarquable. Mais loin de se borner à démolir, Montesquieu a également eu l’ambition de reconstruire : il a examiné les diverses formes de gouvernement et déterminé celle qui lui semblait la plus compatible avec l’état de la société de son temps. Aussi éloigné de l’illusion que de l’utopie, il a choisi ses matériaux dans la réalité, et a rêvé d’introduire dans notre monarchie les principes de la Constitution anglaise. C’est de ses idées que devaient s’inspirer plus tard les auteurs de la Constitution de 1791.

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