INTRODUCTION
aux heures tristes où l'cmotion du lecteur sert de pierre de touche à la sincérité de l'écrivain. C'est pourquoi encore elle n'a pas ce glacis où le vers n'atteint que quand il a sa beauté égoïste pour premier objet, quand il est le raffinement de raffinements antérieurs et ne vient de la nature lointaine qu'à travers des élaborations successives. Ce n'est pas ici le bois laqué, mais l'écorce de l'arbre en terre, avec ce je ne sais quoi d'un peu âpre de tout ce qui retient en soi de la vie. Ici la formation se fait du dedans au dehors. Si Angellier n'a jamais proclamé le dessein de renouveler la poétique, c'est apparemment parce qu'il ne l'a jamais conçu. Ses nouveautés mêmes de forme sont le simple résultat du travail intérieur de la sève.
Et, justement parce qu'elle procède ainsi, il n'est pas à craindre que cette poésie se répète ou se fige. Cela seul est mobile et divers qui dessine les contours du réel. Seul ce qui vit évolue. Mais aussi est-il périlleux de pronostiquer. De VAmie Perdue au Chemin des Saisons, du Chemin des Saisons aux Dialogues, le poète est allé de l'efïusion intime à l'étude plus détachée, plus impersonnelle. Avec une si surprenante rapidité sa poésie a traversé successivement les phases du sentiment, de la fantaisie et de la raison, qu'on ne saurait la circonscrire dans une formule. Le plus probable est que ses vers à venir seront dignes de ceux qui ont précédé et qu'ils en seront différents. Quoi qu'il en soit, on ne risque guère à faire crédit de confiance à celui qui a toujours déconcerté l'attente mais ne l'a jamais déçue. Il y a en lui un art exercé
lii PAGES CHOISI Fs d'auguste angellier
exploitant un fonds de riche nature. Il travaille sans fébrile impatience de succès, à coups forts, sûrs et espacés,
Comme un grave ouvrier qui sait qu'il a le temps.
EMILE LEGOUIS.
Décembre 1903 — Septembre 1907.