AU BORD DES FLOTS BLEUS
Aux flancs fauves et gris de ces collines sèches. Dans l'or clair du soleil, j'ai cueilli des lavandes, Qui, par tas violets, glissent au fond des brèches, Ou s'accrochent aux rocs en plus maigres guirlandes ;
Et j'ai cueilli du thym, des myrtes, des myrtilles. Des tamaris légers et des bruyères blanches, Plantes de fin feuillage et de senteurs subtiles, Dont un brin d'olivier a réuni les branches ;
Afin que, dans ta chambre où pénètre un ciel pâle Qui sur les longs pays encor glacés s'étale, Cette gerbe qui vient des régions vermeilles
T'apporte leurs parfums et presque leurs rumeurs.
Car j'ai, pour la cueillir, secoué les abeilles
Dont le bourdonnement semblait la voix des fleurs.
86 PAGES CHOISIES d'aUGUSTE ANGELLIER
Oui ! ce pays est beau, de soleil surchargé :
Une lumière riche et trioinphante y brûle,
Dès que l'argent de l'aube au bord des flots ondule.
Jusqu'au soir brusquement dans la nuit submergé.
Et cependant mon cœur, de regrets affligé. Lassé d'azur, soupire après le crépuscule Où le jour lentement au fond du ciel recule. Comme un espoir pâli qui meurt découragé.
O la mélancolie immense de nos plaines. Quand de grises vapeurs flottent sur les saulaies. Que de pourpres clartés, tristes et incertaines,
Traînent sur les étangs parmi les oseraies,
Et qu'entre des toits bas et des meules lointaines
Le mince croissant d'or se lève au ras des haies.