‹ Pages choisies de Auguste Angellier; prose et versChapitre 29 sur 50 · DEVANT LES VAGUES GRISES · texte numérisé non relu

DEVANT LES VAGUES GRISES

Comme aujourd'hui la mer est belle et délicate ! Elle fut, tout le jour, vaporeuse et nacrée, Avec de grands frissons de lumière dorée, Sous un ciel d'un gris tin, veiné comme une agate

Puis ce ciel s'est ouvert d'une fente écarlate, Et la pensive mer qui devenait cendrée D'une pourpre lueur soudain s'est colorée, Douce lueur où tout caresse et rien n'éclate ;

Dans les pays divins par delà le soleil,

On donne quelque noble et merveilleuse fête,

D'où s'échappe un rayon si mollement vermeil

Qui vient éparpiller des roses sur le faîte

De tous ces fîots bercés d'un lumineux sommeil.

Ah ! si de jours pareils notre vie était faite !

Une tempête souffle, et sur l'immense plage S'appesantit un ciel presque noir et cruel, Où s'obstine le vol grisâtre d'un pétrel. Qui le rend plus funèbre encore et plus sauvage ;

Un tourbillon de sable éperdu se propage Vers un horizon blême où tout semble irréel ; Il trainc sur la dune un lamentable appel Eait du courroux dos vents et de cris de naufrage ;

Les joncs verts frissonnants sont pâles dans la brume ; Sous le morne brouillard qui roule sur la mer, Bondit, hurle et s'écroule un tumulte d'écume ;

Kt dans te vaste deuil, qu'étreini ce ciel de fer, Nous sentons dans nos cœurs l'indicible amertume De nos baisers d'adieu flagellés par l'hiver.

A l'amie perdue 97

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