LE SACRIFICE
Par nos premiers regards sous les verts marronniers, Par nos premiers aveux dont mon cœur encor tremble, Par nos premiers baisers, et ces baisers derniers Où notre amour passé pour mourir se rassemble ;
Par les sentiers, les bois, les coteaux, les glaciers. Par les plages des mers qui nous ont vus ensemble, Par tant d'instants profonds et de jours familiers Qui font que mon esprit à ton esprit ressemble ;
Par ce rayon qui vient animer sur sa croix
Ce Dieu de la souffrance humaine auquel tu crois,
Et par mon honneur d'homme, ô chère âme, je jure
Que je t'aime, que ma tendresse est grande et pure, Que l'angoisse sans fond de ce soir la mesure, Et que c'est par amour que je renonce à toi !
O mer, ô mer immense et triste, qui déroules, Sous les regards mouillés de ces millions d'étoiles. Les longs gémissements de tes millions de houles. Lorsque dans ton élan vers le ciel tu t'écroules ;
O ciel, ô ciel immense et triste, qui dévoiles, Sur les gémissements de ces millions de houles, Les regards pleins de pleurs de tes millions d'étoiles, Quand l'air ne cache point la mer sous de longs voiles ;
Vous qui, par des millions et des millions d'années, A travers les éthers toujours remplis d'alarmes. L'un vers l'autre tendez vos âmes condamnées
A l'éternel amour qu'aucun temps ne consomme, Il me semble, ce soir, que mon étroit cœur d'homme Contient tous vos sanglots, contient toutes vos larmes '.