‹ Pages choisies de Auguste Angellier; prose et versChapitre 33 sur 50 · PRINTEMPS · texte numérisé non relu

PRINTEMPS

Printemps Craintii

Sous le ciel bleu les champs sont verts ; De jeunes blés luisent en ligne Sur les bruns sillons entr'ouverts ; Un coup de verdure égratigne Les halliers noirs encor déserts.

Un grand vent qui brasse les airs

D'un souffle encore âpre, consigne

Le Printemps frileux aux revers

Des talus qu'un fossé souligne

D'un trait brisé de reflets clairs. lo

Tout peureux des frimas soufferts, Le pauvre Printemps se résigne ; Mais sentant près des jours plus fiers, Déjà presque railleur, il cligne Ses yeux bleus d'herbe recouverts ;

Et songeant aux défunts hivers,

Il entend, d'une âme maligne,

Éclater de côtés divers,

Dans les prés, le bois et la vigne,

Les essais des prochains concerts. 20

ro6 PAGES CHOISIES d'auguste angellier

La Grêle

Les légers grêlons de la grêle Bondissent sur le bord des toits ; Leur chute claire s'amoncèle, Au pied des murs, en tas étroits ;

Parfois, se heurtant aux parois, Un grain rejaillit et sautèle Sur les pavés mouillés et froids, Comme une blanche sauterelle

Le sol un instant étincelle, Argenté de ce fin gravois ; lo

Les légers grêlons de la grêle Bondissent sur le bord des toits.

Route Printanière

La route est rose de pommiers.

Je vais vers ma belle ; Et le ciel est blanc de ramiers.

Elle est fraîche et frêle.

Les pommiers sont de grands bouquets,

Je vais vers ma belle ; Les ramiers s'aiment aux bosquets.

C'est ma tourterelle.

La rosée emperle les prés.

Je vais vers ma belle ; Tous les prés sont blancs et dorés,

Son rire étincelle.

Les ruisseaux, remplis de chansons,

Je vais vers ma belle ; Les ruisseaux clairs dans les gazons,

Sont moins souples qu'elle.

Mai de parfums enivre l'air,

Je vais vers ma belle ; Moi, je suis ivre de sa chair.

Chaque jour nouvelle. 20

Sous l'azur d'ailes tressaillant,

Je vais vers ma belle ; Ohé ! le chemin rose et blanc

Qui conduit vers elle !

Hospitalité

Une pourpre lourde traîne Au fond confus de la plaine ; Savez-vous que ce chemin Par les bois obscurs vous mène ?

Les sentiers de mon jardin Sont bordés de marjolaine.

Le jour tombe en son déclin ; Dans l'ombre je vois à peine Vos yeux bleus, ces fleurs de lin ; J'entends la source lointaine ; 10

Les sentiers de mon jardin Sont bordés de romarin.

La lune est au front du chêne ; C'est l'instant où l'on déchaîne.

Dans chaque ferme, le chien ; Que nul mal ne vous advienne !

Les sentiers de mon jardin Sont bordés de marjolaine.

Entrez ! vous suivrez demain

Votre route plus certaine, 20

Un bouquet à votre sein.

Afin qu'il vous en souvienne :

Les sentiers de mon jardin

Sont bordés de romarin.

I08 PAGES CHOISIES d'aUGUSTE ANCELLIER

Page 1