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INFLUENCE DE CALVIN

Calvin a fait traduire la Bible en français. En 1539, il avait envoyé à l'impression son premier Psautier, contenant douze psaumes traduits par Clément Marot, qu'il avait adaptés à des mélodies strasbourgeoises; en 1562, avait paru le fameux psautier, ou livre de cantiques, traduit depuis en près de vingt langues, qui a eu environ 1400 éditions et qui a le plus fait, après la Bible, pour répandre la doctrine calviniste. C'est Calvin qui a codifié le dogme, la liturgie, la morale nouvelle. C'est lui qui, créant des institutions politiques et sociales en harmonie avec sa doctrine, a fondé à Genève une religion, nouvelle et un état nouveau.

L'influence de Calvin se comprend mieux encore lorsqu'on lit son énorme correspondance: l'homme s'y livre tout entier. Il soutient le courage des fidèles et exalte leur foi. Il s'adresse sans se lasser à ses corréligionnaires, à ceux des grandes églises, à ceux des églises infimes, à l'étranger comme en France. Il traite dans ses épîtres toutes les questions: il met en garde les fidèles contre les faux bruits qui courent sur Genève, il recommande un prêcheur, il dénonce un pasteur indigne. Dès qu'un catholique hésite dans sa foi, il lui écrit pour l'encourager et pour le conseiller. Il plaide la cause de la réforme auprès des réformés eux-mêmes, pour mieux les ancrer dans leur foi. Il écrit aux grands, au roi de Navarre,

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au roi d'Angleterre, au roi de France. Il écrit aux persécutés, pour les consoler et les affermir: nombreuses sont ses lettres aux malheureux, dont une partie figure dans l'Histoire des Martyrs.

L'activité de Calvin a été si grande, que l'on peut s'étonner que la réforme n'ait pas pris pied plus fortement en France. On sait qu'à l'époque de sa mort, et quelques années plus tard, avant et après la Saint-Barthélémy, il s'en est fallu de peu que les réformés n'eussent gain de cause. Montluc nous dit, en parlant des doctrines nouvelles: "Il n'était fils de bonne mère qui n'en voulût goûter." D'après M. Frank Puaux, le parti protestant eut le tort de prendre les armes. Il croit "qu'il eût mieux fait de se laisser exterminer, en masse, en bénissant ses bourreaux; s'il eût eu ce courage, la France probablement serait protestante, car le catholicisme romain se serait noyé dans le sang de ses victimes, comme Rome païenne périt étouffée dans celui des premiers chrétiens." M. Brunetière, lui, est d'avis que la France n'a pas voulu qu'on la "bridât."

On sait que l'immense tâche administrative, combinée avec les devoirs de prédicateur, imposée à Calvin par ses attaches à Genève, l'a empêché de s'adonner à l'étude des lettres, malgré le secret désir qu'il en avait en 1538 et dont il nous fait part dans la préface aux Commentaires sur les Psaumes. C'est pendant son exil de Genève qu'il prépare son chef d'œuvre, V Institution française de 1541. S'il avait été libre à cette date de se consacrer aux lettres, aurait-il doté la France d'une Bible française, d'un autre chef d'œuvre égal à la traduction de Luther en Allemagne ou à la version dite du roi Jacques en Angleterre? Calvin a fait faire ce travail à d'autres et a sans doute regretté de ne pouvoir l'entreprendre lui-même. Ces traductions allemande et anglaise,

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supérieures peut-être par la forme à la Bible hébraïque et grecque, ont eu une énorme influence sur les pays de langue allemande et anglaise. Si Calvin avait eu le temps nécessaire à ce travail, qui sait l'influence qu'il aurait eue en France? L'Eglise catholique a exclu du culte la langue vulgaire et ne s'est jamais résolue à accepter officiellement la Bible parmi les Hvres d'édification. "Cette interdiction de vulgariser en France, dit M. Ferdinand Brunot à qui cette question n'a pas échappé, ce qui est devenu ailleurs le livre par excellence a eu de graves conséquences, non seulement pour le développement de notre idiome, mais pour le développement des idées morales et religieuses de la nation même." Calvin eût pu mener une telle traduction à bonne fin, car si sa langue n'a pas la noblesse classique de la langue de Bossuet, si elle est contemporaine de celle des débuts de Rabelais et séparée par cent cinquante ans de celle de l'évêque de Meaux, elle est aussi plus variée et plus vivante, et elle a la saveur du terroir.

La plus grande partie des ouvrages de Calvin, surtout ce qui est exégèse et théologie, ne sera jamais lu que par un public très restreint. Mais en face du concert d'éloges de ceux qui sont le mieux à même de se prononcer, on ne pourra jamais lui enlever la gloire d'avoir écrit mieux qu'aucun homme de France de son temps.

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