Madame Przedziecka. —Voir Inlroduclion, p. XIX
le temps des grandes chaleurs et m"a dit que Tair de la campagne me ferait du bien. Je crois en effet que je respire ici un peu moins mal qu'à Paris. Mais j'ai honte d'être si souffreteux; et si mélancolique. Je reconnais bien mal l'hospitalité qu'on me donne. 11 n'y a ici d'invités, outre votre serviteur, que le second fils du roi d'Egypte, un joli petit Turc de quatorze ou quinze ans, sérieux et prudent déjà comme un Européen de trente ans. Il a avec lui deux officiers français, ses précepteurs, qui lui apprennent je ne sais quoi. Pour la tenue et le tact, il pourrait leur en remontrer. Il ne rit ni ne rougit jamais, ce qui est particulier aux Orientaux. Je ne sais quel sera le résultat de cette éducation turcofrançaise. Je pense qu'il introduira le bal Mabille au Caire, et nos élégances. Cependant il observe sa religion, ne boit pas de vin et ne mange pas de jambon. L'autre jour, il nous a conté comment le prince son oncle avait invité d'autres princes, dont le père du narrateur, à un petit dîner où il devait leur faire servir de l'arsenic, ce qui troublait fort les princes susdits. Heureusement, le prince son oncle est mort assassiné dans la nuit qui précéda le dîner. Tout cela était raconté très gentiment, très simplement, du ton dont vous diriez que vous n'avez pu aller au bal à cause d'une indisposition. La dilïiculté pour l'affaire de M... est celle-ci. Le ministre de l'instruction publique m'est absolument inconnu, et cette ignorance est partagée par la grande majorité des Français. En second lieu, il faut l'accord entre lui et le ministre des atfaires étrangères, et, je crois, le concours de l'ambassa-
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deur de Russie ; au moins il est d'usage de lui demander s'il n'a pas d'objection. Enfin, on dit que le ministère actuel a si peu de vie, qu'il ne durera pas jusqu'au 15 août, et que, aussitôt après que le Sénat aura fait les modifications demandées à la Constitution, un autre ministère plus durable sera nommé. Quant à m'adresser directement à mon hôtesse, je vous avoue que je regarde la chose comme impossible, et je n'en obtiendrais ou qu'une promesse vague d'intérêt ou que l'ordre de porter l'afîaire au minisire de l'instruction publique. Il faudrait que M... fût personnellement connu de Sa Majesté pour que ce moyen offrît quelque chance de succès.
Cependant, chère madame, croyez que je ferai mon possible dès le premier jour du conseil. Je ferai de mon mieux, vous n'en doutez pas; mai j'ai peu d'espoir par toutes les raisons que je vous ai dites. Yaraignes, qui est ici, m'a dit que madame de M... avait un beau garçon. Cela me fait le plus grand plaisir.
Adieu, chère présidente; votre secrétaire baise humblement votre blanche main.