XXII INTRODUCTION
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La vie de Mérimée, même racontée ainsi à grands traits, n'est pas certes sans donner quelque idée de ce que fut l'homme. Mais cela ne saurait suffire. Tâchons maintenant de pénétrer plus profondément le Mérimée intime, qui n'a pas été, à beaucoup près, aussi sceptique et aussi indifférent qu'il l'a voulu paraître. Il a porté un masque, presque dès sa jeunesse, et il l'a si bien porté que pour soulever ce rempart voulu et connaître sa véritable physionomie, il faut interroger avec soin et ceux qui l'ont bien connu et les confidences de sa propre correspondance.
Or ceux qui l'ont connu sont à peu près tous d'accord. Cet homme « grand, droit, pâle, et qui, sauf le sourire, avait l'apparence d'un Anglais ' », qu'on s'est plu longtemps à représenter comme un égoïste et qui aurait passé, selon la légende, comme un simple curieux à travers la vie, a eu sa part, sa bonne part des souffrances humaines. Taine dit bien que « la sensibilité était domptée chez lui jusqu'à paraître absente, mais qu'elle ne l'était pas, tout au contraire »; et il lui applique, avec d'autres, ce que Mérimée dit de son héros Saint-Clair, dans le Vase étrusque : « Il était né avec un cœur tendre et aimant; mais, à un âge où l'on prend trop facilement des impressions qui durent toute la vie, sa sensibilité trop bxpansive lui avait attiré les raille-