INTRODUCTION. XXIII
ries de ses camarades... Dès lors il se fit une étude de cacher tous les dehors de ce qu'il regardait comme une faiblesse déshonorante». M. deLoménie (successeur de Mérimée à l'Académie), s'eflbrça lui aussi de détruire la légende qui avait cours sur l'auteur de Colomba^ et Sandeau qui le recevait, s'exprimait ainsi : « Il y avait un cœur sous la glace de ces apparences. Point d"épanchements, de démonstrations verbeuses; toujours quelque chose de discret, de contenu, de timide, de pudique dans l'expression des sentiments intimes. Il se gardait de l'enthousiasme comme d'un ridicule, de l'attendrissement comme d'une faiblesse; sa préoccupation constante était qu'on ne le surprit pas en flagrant délit d'émotion; mais malgré tout, le côté affectueux ne tardait pas à se trahir... Ce sceptique était le meilleur, le plus sûr et le plus obligeant des hommes; il a vécu et il est mort irréprochable dans l'amitié. » On pourrait multiplier les témoignages.
Il vaut mieux laisser parler les faits. En voici un rapporté par un compagnon de voyage de Mérimée et que cite M. de Loménie : « L'église, dit le narrateur, était fermée. lors de notre arrivée (à Syra, en Grèce), mais on l'a bientôt ouverte pour le convoi d'un enfant. Le pauvre petit, tout couvert de fleurs, comme en Italie, était porté à visage découvert. Avant de se séparer de lui les habitants ont pris congé en le baisant au front. Cette cérémonie a été accomplie sans la moindre affectation, avec une simplicité antique. Mais notez ce point que mon compagnon Mérimée, le dur-à-cuire, s'est mis à fondre en larmes, ce qui ne m'a pas médiocrement