‹ Pages choisies de MériméeChapitre 17 sur 113 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

étonné. » La nature avait repris le dessus; il est vrai qu'il n'était pas à Paris. Là, sans doute il eût été maître de lui, puisqu'il voulait paraître insensible, coûte que coûte. Toujours il s'ingéniait à cacher aux regards ce qui aurait pu paraître, ce qui lui aurait paru à lui-même excessif dans l'expression de ses sentiments. Et cependant, dit Taine qui n'est pas suspect d'indulgence, il était « bon et même tendre. Nul n'a été plus loyal, plus sûr en amitié... On le vit bien quand il défendit M. Libri contre les juges et contre l'opinion; c'était l'action d'un chevalier qui, à lui seul, combat une armée. Condamné à l'amende et mis en prison, il ne prit point des airs de martyr, et mit autant de grâce à subir sa mésaventure qu'il aurait mis de bravoure à la provoquer "... Outre cela, serviable, obligeant. Des gens qui le priaient de s'employer pour eux s'en allaient déconcertés par sa froide mine; un mois après il arrivait chez eux ayant en poche la faveur deuiandée... A la fin de sa vie, on trouvait chez lui deux vieilles dames anglaises auxquelles il parlait peu et dont il ne semblait pas se soucier beaucoup: un de mes amis le vit les larmes aux yeux parce que l'une d'elles était malade. » Si Mérimée fuit donc de parti pris les vaines expansions de sensiblerie, qui ne prouvent pas toujours grand'chose, et qui, pour lui, ne prouvent rien, si même, comme il arrive nécessairement, il force un peu trop la note, il n'en reste

l. Et cependant Mérimée avouait iiii-nième que M. Libri avait fait « toutes les bêtises imaginajjlcs ». « 11 a bombardé de ses lettres amis et ennemis et les a tous mis en fureur. « A Panizzi, 11 juin I8C1.

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