IV INTRODUCTION
qu'en ISiW. Il devint en 1807 secrétaire de l'École des beaux-arts. Quant à la mère de Mérimée, c'était une personne médiocrement jolie, mais avenante, d'un caractère ferme et gai, très aimante, encore qu'un peu froide d'apparence, qui avait, la chose est à noter, le double talent de faire de jolis portraits d'enfants et de savoir les amuser par de petits contes. N'était-elle pas au reste la propre petite fdle de madame Leprince de Ijeaumont? — Ainsi donc un grand-père qui d'avocat se fait intendant, un père qui de peintre se fait professeur et historien et abandonne les voyages pour une situation officielle, une aïeule maternelle, auteur de contes charmants pour les enfants, bien que d'imagination un peu courte, une mère artiste tout ensemble et conteur aimable (sans parler des qualités de la ménagère), tels furent les ascendants de Mérimée. Voyons maintenant ce qu'il fut lui-même.
Nous ne retiendrons de son enfance, un peu maladive, que la fau^ieuse anecdote rapportée par Sainte- Beuve : (( 11 avait cinq ans, il avait fait quelque faute. Sa mère, qui était occupée à peindre, le mit hors de l'atelier en pénitence et ferma la porte sur lui. A travers cette porte, l'enfant se mit à demander pardon, à promettre de ne plus recommencer, et il employait les tons les plus sérieux et les plus vrais. Elle ne lui répondit pas. Il fit tant qu'il ouvrit la porte; et, à genoux, il se traîna vers elle, suppliant toujours, et d'un accent si eérieux et dans une attitude si pathétique qu'au moment où il arriva en sa présence elle ne put s'empêcher de rire. A l'instant il se releva et changeant de ton : « Eh bien.
s'écria-t-il , puisqu'on se moque de moi, je ne demanderai plus jamais pardon. » Ce qu"il fit '. Et Sainte-Beuve d'ajouter : « Ainsi en tout. Comme il vient un moment, et très vile, où les choses nous éclatent de rire au nez, il ne leur demanda plus jamais pardon, en rien, et contracta l'ironie profonde. » C'est trop exagérer. On ne contracte guère si jeune « l'ironie profonde ». Ce qui est vrai, c'est que le jeune Prosper sut veiller davantage par la suite sur ses impressions et donner à l'expression de ses sentiments une forme moins apparente et plus discrète. A cette habitude contribuèrent, sans le vouloir, et ses cousins les Dubois-Fresnel, qui le taquinaient volontiers, et ses camarades du collège Henri IV, où il faisait ses études, sans succès éclatants d'ailleurs.
Il en sortit vers dix-huit ans. Sur le désir de son père, et malgré de réelles dispositions pour la peinture, il se tourna vers le droit. Mais il s'y mit sans hâte et sans goût, partageant son temps entre les plaisirs et la littérature. Il était de bon ton alors de ne rien négliger de gaieté de cœur..., surtout les plaisirs.
Il fréquente toutefois chez M. Stapfer, chez Yiolletle-Duc, chez Etienne Delecluze. Il y connut Humbolt et Bonstetten, V^ictor Cousin, Victor Leclerc, Saint-Marc-Girardin, Henri Patin, Sainte-Beuve, Charles de Ptémusat, d'autres encore, comme Théodore Leclercq et Adrien de Jussieu. Déjà très lié
1. M. D'Haussonville [El. biof/r., 1885) raconte aulremenl celle anecdote. La chose est sans importance.