‹ Pages choisies de MériméeChapitre 33 sur 113 · INTRODUCTION. \LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. \LI

gants avec soin avant de quitter madame de Chaverny? N'est-ce pas le fait d'un observateur délicat et d'un artiste réfléchi?

Il en est de même d'ailleurs dans les récits romanesques et merveilleux. Ce que Mérimée loue dans Pouchkine, on le peut louer en lui. Il sait négliger les détails capables de nuire à lïllusion et, là encore, choisir les traits les plus frappants '. Il ne tombe jamais dans l'incroyable. Son extraordinaire reste vraisemblable, et cela grâce à des riens merveilleusement choisis pour parer d'une teinte de réalité les données les plus romanesques. Quoi de plus étrange que cette Vidon de Charles XI, et cependant nous nous laissons prendre à l'illusion, tant les détails sont nets, réels, familiers même : la bouffée de vent qui éteint la bougie du docteur Baumgarten, le coup de pied du roi (dans la porte; « qui retentit comme un coup de canon », le tremblement nerveux du concierge, puis du comte, enfin, la vision disparue, cette tache que conserve la pantoufle de Charles XI et « qui seule aurait suffi pour lui rappeler les scènes de cette nuit », n'en voilà-t-il pas assez pour donner au récit une vivante réalité? Qu'on fasse la même épreuve avec Djoiimane, avec

1. Il est intéressant de citer encore ces lignes de Mérimée : " Dans un château du nord de l'Angleterre, les hôtes qui vont gagner leurs chambres après minuit... entendent les pas de quelqu'un qui les suit, marchant avec des mules; on se retourne. Personne. Ces mules ne sont pas là pour rien; l'inventeur de l'histoire a bien senti que des bottes et des souliers ne feraient pas le même elTel. Tout f/ros tnensonrje a besoin d'un détail bien circonstancié moijennunt quoi il passe. ' (Art. sur Pouchkine).

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