XLII INTRODUCTION
la Dame de Pique, avec Federigo, etc., on aura les mêmes résultats. La raison guide et modère toujours l'imagination de l'auteur.
C'est qu'il ne veut pas, à tout prix, être dupe de cette maîtresse d'erreurs. Et c'est encore pourquoi sa psychologie n'a rien de très subtil et de très délié. Il n'est pas de ces observateurs qui veulent à toute force pénétrer dans le fond des cœurs, se piquent d"y lire connue dans un livre ouvert et croient qu'aucun des rouages de la machine humaine, si complexe pourtant et si changeante, n'a de secrets pour leur perspicace intelligence. Il n"a pas cette vaine ambition. Il sait bien qu'à vouloir pénétrer trop avant, on risque en cette matière, comme en toute autre, de se laisser égarer par l'imagination. Loin de se complaire à embrouiller les fils conducteurs de nos actions pour se donner le plaisir et l'honneur de les débrouiller, il ne cherche au contraire qu'à marquer avec netteté, dans la complexité de nos mobiles et de nos sentiments, les traits expressifs d'une physionomie et d'un caractère. Point de dissertation pédantesque. 11 laisse les faits parler. Sa psychologie gagne en relief ce qu'elle perd en profondeur. Elle aussi ne semble que l'expression de la réalité. C'est le triomphe de l'art objectif et impersonnel.
Quoi d'étonnant, après cela, s'il a aimé à prendre parfois l'histoire même comme base de son roman et n'a réclamé pour lui d'autre mérite que celui d'avoir fait sortir de la poussière des manuscrits une sorte de chronique des temps passés? N'est-ce pas un excellent moven de brider son imagination