INTRODUCTION. XLIII
que de vouloir faire œuvre d'historien? Et n'est-ce pas aussi le plus sûr pour arrêter une intempestive sensibilité? Car l'une amène l'autre. Mais n'ayons nulle crainte. Si Mérimée a su réfréner dans sa vie l'expression trop vive de la sensibilité, il saura s'en garder aussi dans ses œuvres. Peut-être même s'en garde-t-il trop. Passe encore pour limpassibilité de l'auteur, qui est une garantie de la précision de son art; mais il s'est trop complu, en vérité, à refouler cette gênante sensibilité au fond des cœurs de certains personnages. De sorte qu'elle n'apparaît plus. Il n'y en a plus trace dans Colomba, dans Mateo Falcone, dans la Partie de trictrac, dans bien d'autres nouvelles, dans Tamango par exemple, où il la remplace par une ironie enjouée qui ne plaît pas à tous. Elle se fait regretter aussi dans certains récits, charmants d'ailleurs par Tallure générale, leur légèreté de ton, leur verve spirituelle. Et quand elle apparaît, quand il est forcé de lui faire sa part, comme dans Amené Guillot, dans la, Double méprise, dans le Vase étrusque, c'est à peine s'il nous permet une larme, un soupçon de larme. Il ne nous donne pas le temps de nous attendrir. Et pour ce, il a bien soin d'opposer aux personnages, capables d'exciter notre émotion et capables d'être vivement touchés des choses, d'autres personnages plus sceptiques, plus froids ou simplement plus maîtres d'eux, dont l'ironie légère nous avertit que notre émotion ne doit pas dépasser la bonne mesure : dans Arsène Guillot le docteur s'oppose à madame de Piennes qui elle-même fait contraste et avec Max et avec Arsène; dans la Double méprise Darcy est comme l'opposé