‹ Pages choisies de MériméeChapitre 36 sur 113 · XLIV I N T R 0 D U C T I Û N · texte numérisé non relu

XLIV I N T R 0 D U C T I Û N

de madame de Chaverny ; etc. Souvent enfin, au moment où l'action court le risque de trop émouvoir à son gré, il fait intervenir un personnage plus réservé, d'une aimable raison, d'un sang-froid inébranlable, qui ne permet pas aux choses et à l'émotion d'aller trop loin. Rarement, très rarement (on pourrait compter les fois), il intervient par luimême.

Ainsi la raison et le goût priment chez Mérimée l'imagination et la sensibilité. Le jeu des passions par la narration de faits bien choisis et logiquement amenés, voilà le principal pour lui. Il rejette sans regret tout ce qui n'est pas essentiellement utile à son récit. Par suite, et la chose est à noter puisqu'il est un des premiers qui aient su introduire dans ses œuvres la couleur locale, il n'aime pas les longues descriptions, et ne s'y complaît en aucune façon. Vu sa méthode, quelques lignes peuvent et doivent suffire à l'artiste qui sait son métier. Quelques lignes lui suffisent donc, très précises, très nettes, avec une discrète comparaison parfois, une de ces comparaisons comme il les admirait chez Tourguenef. Mais décrire pour décrire ne fut jamais son fait. Il va même (dans la Chronique du règne de Charles IX) jusqu'à se moquer de ses contemporains et jusqu'à éviter de parti pris des descriptions qui eussent pu paraître nécessaires.

Une telle sobriété, une telle précision de détails, un tel art ont leur prix, encore qu'un peu plus de laisser-aller et d'émotion ne serait pas pour gâter les choses. C'est grâce à cette rigoureuse méthode que Mérimée nous a donné ces petits chefs-d'œuvre

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