‹ Pages choisies de MériméeChapitre 38 sur 113 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

leté de Mérimée à imiter la manière espagnole. Les « scènes féodales » de la Jaquerie succèdent au théâtre de Clara Gazul. C'est du théâtre impossible. Mérimée veut donner une idée des scènes atroces du xiV siècle ; nous avons de l'histoire découpée en tableaux. Tableaux pittoresques d'ailleurs que ces trente-six scènes, qui se passent toutes, ou à peu près, dans un endroit différent et avec un nombre énorme de comparses, qui offrent aux lecteurs étourdis une série de complots, duels, meurtres, combats, révoltes, où se coudoient sans cesse la cruauté et la générosité, l'amour et la haine, la lâcheté et le courage, la sottise et le bon sens, où seigneurs, vilains, moines, soldats, bandits, bourgeois apparaissent, disparaissent et reparaissent, toujours s'injuriant, se démenant et se battant, où se détachent enfin certains types féodaux assez nettement tracés. Voici Frère Jean, digne par son habileté, son adresse et son courage, de son aïeul rabelaisien; voilà le cruel et énergique Loup-Garou, brigand sanguinaire, éloquent et tyrannique; et à côté c'est l'héroïque Florimond, le calme Montreuil, l'entêté et autoritaire d'Apremont, le jeune d'Apremont, déjà cruel et assoiffé de sang à dix ans, sans parler de ces seigneurs présomptueux et indifférents, de ces paysans lâches et cruels, de ces soldats anglais insolents et rapaces... Et tout cela certes donne bien une vive impression de confusion et de terreur; mais l'histoire aurait suffi à cette tâche. Ces scènes, en somme, malgré leur mouvement et leur relief, même malgré l'intérêt de chacune d'elles en particulier, ne nous touchent vraiment pas; il y

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