VIII INTRODUCTION
qu'une préface si précise jusque dans ses incertitudes et que bigarraient heureusement de fréquents emprunts à la langue espagno e. Toutefois malgré la variété ou l'audace des sujets, une certaine verve, un art réel de produire avec pittoresque des mœurs exotiques , la vente fut médiocre . Mais Mérimée s'en pouvait consoler facilement, d'abord parce que tout le monde, ou à peu près, fut dupe, ensuite parce qu'il fut célèbre du coup. La jeune école l'encense; les salons lui font fête. Il va chez le peintre Gérard , chez madame Pasta , chez madame Récamier, et on le voit toujours correct, un peu froid quoiqu'empressé, « jouant avec un album, insoucieux de ce qu'il dit, affectant les manières d'un sceptique et d'un homme blasé, mais observant néanmoins les détails avec une extrême finesse '. »
Ce caractère de pince -sans-rire et de mystificateur imperturbable l'inspire bientôt à nouveau. Un voyage en Angleterre l'avait mis en goût : il rêvait d'aller avec Ampère à Florence, Rome, Naples, Trieste, pour longer de là l'Adriatique jusqu'à Raguse. « C'était, dit-il lui-même, le plan le plus original, le plus beau, le plus neuf, sauf la question d'argent... En avisant au moyen de la résoudre l'idée nous vint d'écrire d'avance notre voyage et d'employer nos bénéfices à reconnaître si nous nous étions trompés dans nos descriptions -. » Ainsi fit-il. Il apprit cinq à six mots illyriens, lut le voyage en