INTRODUCTION. IX
Dalmatie de l'abbé Fortis, se renseigna auprès de Fresnel fils et, cherchant à imiter et imitant avec bonheur les Chants populaires de la Grèce que venait de publier Fauriel, il écrit en quinze jours sa collection de ballades qu'on imprima mystérieusement à Strasbourg sous le titre de Za Giizla. Dans une préface aussi habile et aussi savante que celle de Clara Gazul, il se faisait passer pour un Italien, réfugié en France, né d'une Morlaque. Et il expliquait en note, comme le devait un bon traducteur, que « les Morlaques sont les habitants de la Dalmatie qui parlent le slave et l'illyrique ». Comment douter après cela? surtout quand cette préface est suivie d'une non moins habile et savante notice sur le joueur de Guzla, Hyacinthe Maglanovich, et que ces ballades, expliquées par des notes nombreuses, pleines d'un charme étrange, exhalent en quelque sorte un parfum sauvage et tout original? Personne ne se douta donc de la supercherie, sauf quelques grincheux et quelques... malins, qui ne dirent mot. Le succès fut immense; il fut, selon un chroniqueur du temps, « immédiat, solennel et complet ». Il y eut un savant allemand pour traduire laOuzla, et mêmeen vers, « ce qui lui avait été facile, conte Mérimée, parce qu'il avait sous ma prose, disait-il, découvert le mètre des vers illyriques » ; il en fut un autre, auteur d'une anthologie slave, pour demander à l'auteur par lettre les vers originaux qu'il avait si excellemment traduits; enfin Pouchkine, Pouchkine lui-même, traduisit en russe quelques-unes de ces ballades. Aussi les romantiques d'exulter. Mérimée devenait, selon le mot