I. — Notice biographique
Miguel de Unamuno est originaire du pays basque ; il est né à Bilbao le 29 septembre 1864. Il a raconté lui-même ses souvenirs d'enfance et de jeunesse dans un livre (1) savoureux dont le ton familier et sincère retient tout de suite l'attention du lecteur : il y met en lumière tout ce que comporte de saillant, d'agréable ou de pénible, l'apprentissage de la vie, — depuis les rêveries qui transportent dans un cadre merveilleux l’imagination de l'enfance, jusqu'aux allégresses ou aux anxiétés mystiques dont l'adolescence est enivrée ou tourmentée dès qu'elle prend contact avec les aspects vulgaires de la réalité.
Unamuno venait d'atteindre sa dixième année lorsqu'il assista, en 1874, à un épisode de l'insurrection carliste : le bombardement de Bilbao. Pour un enfant de dix ans, on comprend l'importance d'un semblable événement. Ensuite commence la longue période studieuse, l'acquisition des connaissances dont le terme est consacré par les diplômes universitaires ; il s'agit d'emmagasiner les fameuses notions sans lesquelles un homme ne saurait passer pour cultivé. Devenu professeur, Unamuno dépense son activité entre son enseignement et ses livres. Travailleur acharné, ajoutant chaque jour à son acquis par d'immenses lectures, on se demandé même comment il a pu écrire tant d’ouvrages dont la haute qualité étonnerait les mieux doués.
(1) Souvenirs d'enfance et de jeunesse (Recuerdos de nihez y de mocedad) 1908.
Recteur de l’Université de Salamanque, Unamuno mène de front plusieurs tâches ; il est d’abord titulaire de deux cours quotidiens : dans l’un; il explique la langue et la littérature grecques, traduisant et commentant Homère, Platon, Sophocle, etc. ; dans l’autre, il expose l’évolution historique de la langue castillane en la comparant avec les autres langues romanes, parmi lesquelles le français et l’italien, et surtout le catalan et le portugais.
Gomme tâche, on avouera que ce n’est déjà pas mal, étant donnée l’importance de l’œuvre littéraire réalisée en dehors de ces cours. Mais ce n’est pas encore tout. Unamuno aime profondément son pays, il voudrait lui voir prendre le rang qu’il mérite d’occuper ; il ne peut se résigner à la somnolence politique dans laquelle est plongée l’Espagne, et, pour l’arracher à sa torpeur, il mène dans la presse quotidienne des campagnes aussi véhémentes que généreuses, fouaillant l’incapacité des dirigeants, dénonçant la veulerie des dirigés. Une de ces campagnes lui a même valu, l’année dernière, l’honneur d’être condamné à seize années de prison. Bien entendu, cette condamnation * i demeure sans effet, puisque celui qu’elle frappait continue son enseignement à l’Université. Que le lecteur se rassure ; Unamuno n’a rien d’un anarchiste ni d’un calomniateur. A la suite de deux articles qui avaient été jugés irrespectueux pour le roi, un tribunal avait condamné notre auteur pour «délit de lèse-majesté ». Un décret royal a récemment aboli ce verdict : ce sont là choses particulières à l’Espagne ; c’est une tradition plutôt plaisante que tragique. En effet, selon le Code espagnol, la plus légère expression de mépris à l’égard du roi est considérée comme un délit de lèse-majesté et entraîne une condamnation à huit ans de prison ; mais il reste bien entendu que la peine proprement dite n’est jamais appliquée (1).
Quelle est la situation occupée par Unamuno dans le monde littéraire de son pays? Information prise, on constate qu'il est beaucoup plus connu par ses articles dans les journaux quotidiens que par la profonde originalité et la valeur intellectuelle de ses ouvrages : du reste, il est l'objet de l'hostilité, silencieuse ou exprimée, de ses confrères de lettres. Si on lui a rendu justice, si son œuvre a été quelquefois appréciée comme elle mérite de l'être, c'est plutôt hors de son pays, il le reconnaît lui-même avec la meilleure grâce du monde. En Espagne, je pense que son originalité, jointe à la diversité des genres qu'il a traités avec talent, a dû dérouter le jugement ou le goût des critiques officiels, qui n’aiment pas les surprises en fait de littérature ; dès qu’un écrivain est trop personnel pour entrer dans un cadre régulier, ou pour être étiqueté sous une rubrique ou un cliché, ils le délaissent, pour la bonne raison qu'ils sont incapables de le comprendre.
Seulement, les critiques passeront, eux, leurs clichés et leurs rubriques régulières, tandis que demeurera l'œuvre passionnée, originale et souvent douloureuse de Miguel de Unamuno.
IL — Les Œuvres.
Voici la liste des ouvrages de Miguel de Unamuno, liste qui , bien entendu, ne comprend pas toute sa production, car il donne presque chaque jour des chroniques dans les journaux de la péninsule ou dans les grandes feuilles sud-américaines, telles que la Nacion de Buenos- Ayres, par exemple.
Paz en la guerra, novela (Paix en la guerre, roman). — Madrid, Fernando Fé, 1897.
De la ensenanza superior en Espaîia (De l'enseignement supérieur en Espagne). — Madrid, Revis ta Nueva , 1899.
Très ensayos (Trois essais). — Madrid, B. Rodriguez Serra, 1900.
Amor y Pedagogia (Amour et Pédagogie, roman). — Barcelona, Henrich y Gie, 1902.
Paisages (Paysages). — Collection Colon, Salamanca, 1902.
De mi Pais (descriptions, articles de mœurs). — Madrid, Fernando Fé, 1903.
Vida de Don Quijote y Sancho segun Miguel de Cervantès Saavedra explicada y comentada por Miguel de Unamuno (Vie de Don Quichotte et de Sancho selon Miguel de Cervantès Saavedra, expliquée et commentée par Miguel de Unamuno). — Madrid, Fernando Fé, 1905.
Cet ouvrage a été réédité en 1914, après avoir été revu et corrigé par l’auteur : cette seconde édition a été publiée dans la bibliothèque « Renacimiento ». — M. Gilberto Beccari a donné une traduction italienne de cette œuvre sous le titre : Commento al « Don Chisciotte ». R. Carabba, édit., Lanciano.
Poesias. — Madrid, Fernando Fé et Victoriano Suarez, 1907.
Recuerdos de ninez y de mocedad (Souvenirs d’enfance et de jeunesse). — Madrid, Fernando Fé, V. Suarez, 1908. Ouvrage traduit en italien par Gilberto Beccari sous le titre : Il fiore dei miei ricordi (La fleur de mes souvenirs). Firenze, Vallecchi.
Mi religion y otros ensayos (Ma religion et autres essais). — Biblioteca « Renacimiento », Madrid, 1910.
Por tierras de Portugal y de Espana (Par les terres du Portugal et de l’Espagne). — Madrid, « Renacimiento », 1911.
Rosario de sonetos liricos (Rosaire de sonnets lyriques). — Madrid, Fernando Fé et Suarez, 1911.
Soliloquios y conversaciones (Soliloques et conversations). — Renacimiento, Madrid, 1912.
Contra esto y aquello (Contre ceci et cela). — Madrid, Renacimiento, 1912.
El espejo de la muerte (Le miroir de la mort, recueil de contes). — Madrid, Renacimiento, 1913.
Del sentimiento trâgico de la vida en los hombres y en los pueblos (Du sentiment tragique de la vie chez les hommes et chez les peuples). — Madrid, Renacimiento, 1913. Cet ouvrage a été traduit en italien par M. Gilberto Beccari, sous le titre : Del sentimento tragico délia vita; cette traduction a paru à Milan, en 1914, à la Libreria éditrice milanese. Cet ouvrage a ensuite été traduit en français par M. Faure-Beaulieu en 1916 ; cette traduction a paru aux éditions de la Nouvelle Revue Française.
Niebla (Brouillard), roman. — Madrid, Renacimiento, 1914.
Ensayos (essais), en deux volumes. — Madrid, Residencia de estudiantes, 1916. Ces essais ont été traduits en italien par M. Beccari, en collaboration avec M. Levi, et paraîtront sous peu aux éditions de la « Voce », à Florence.
Abel Sanchez, una historia de pasion (Abel Sanchez, histoire de passion), roman. — Madrid, Renacimiento, 1917.
Très novelas ejemplares y un prologo (Trois nouvelles exemplaires et un prologue). — Madrid et Barcelone, Calpe, édit. 1920.
El Cristo de Velasquez, poema (le Christ de Velasquez). — Madrid, Calpe, éd., 1920.
La tia Tula (La tante Tula), roman. — Madrid, Renacimiento, 1921.
Sous le titre Perché esser cosi ? (pourquoi être ainsi?), M. Gilberto Beccari a traduit en italien plusieurs nouvelles d’Unamuno ; cette traduction a été publiée dans la collection : « I migliori novellieri del mondo », éditée par la maison Urbis, à Rome.
La traduction italienne de la tragédie d’Unamuno, Fedra, avec un prologue de Corradini, est déjà imprimée et va paraître incessamment.