‹ Pages choisies de Miguel de UnamunoChapitre 5 sur 24 · VICE ET VERTU · texte numérisé non relu

VICE ET VERTU

Nous avons pour les défauts et les qualités de l’homme, pour ses vices et ses vertus, des classifications toutes prêtes. Nous avons coutume de trancher avec rigueur ce qui entraîne le mérite ou le démérite, sans nous demander si l’erreur ne nous abuse point par ses mirages flatteurs; au surplus, l’opinion commune, ou, pour mieux dire, le consentement universel nous vient encourager dans notre attitude. Le lieu commun est une plante qui a vite fait de s’enraciner profondément dans notre esprit; pour l’arracher d’un seul coup, il faut déployer une énergie rare. Et l’effort nousparaît vraiment trop considérable.

Et pourtant, sommes-nous bien certains de définir le sens des mots vice et vertu quand nous le faisons selon l’usage courant? Dans les deux fragments qui suivent, Unamuno pense le contraire : il fait le procès de l’homme qui désire inspirer à son prochain la sympathie la plus banale, celle qu’on obtient en renonçant à être soi; ensuite, il présente la défense de la fainéantise, qui passe injustement pour être la mère de tous les vices, alors qu’elle a contribué à fonder ce qu’on appelle la civilisation.

Dans la pensée d } Unamuno, ce qui semble un vice, c’est donc souvent ce que nous prenons pour une vertu; ce qui nous apparaît comme une qualité y est considéré au contraire comme un défaut. C’est une idée peut-être moins paradoxale qu’ellp n’en a l’air. Pour la présentation des extraits, j’ai du forcer un peu le sens de la rubrique ci-dessus; le lecteur comprendra qu’avec un écrivain comme Unamuno, les rôles sont souvent renversés et que l’ordre régulier n’est pas de mise.

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