VARIA
Cent soixante-dix-huit musiques ou fanfares, Cuivres et bois tournés en des formes bizarres, Quatre-vingts orphéons de quatre-vingts chanteurs, Vingt mille exécutants, deux cent mille auditeurs. Des drapeaux, des pétards ! Que d'yeux et que d'oreilles, De brocs et de tonneaux, de bocks et de bouteilles ! Deux jours de bacchanal, deux nuits de carnaval : Voilà ce qu'on appelle, en Flandre, un Festival !
Vous connaissez bien celui Qui s'apprécie et qui s'aime.
Fort sévère pour autrui.
Fort indulgent pour lui-même ?
Mais connaissez-vous celui Qu'on apprécie et qu'on aime, Fort sévère pour lui-même Fort indulgent pour autrui ?
Pages choisies de Nadaud. j 4
On dit qu'a Barbentane, un jour, tous les barbiers,
Trouvant leur salaire modique, Enfermèrent rasoirs et plats et tabliers.
Et fermèrent aussi boutique.
Et furent obligés, paysans et bourgeois,
De remplacer ces bons apôtres ; Et c'est depuis ce temps que les Barbentanois
Se rasent tous les uns les autres.
Je connais un propriétaire Qui n'habite pas sa maison ; Dans une autre il est locataire.
C'est un homme plein de raison :
En qualité de locataire.
Il veut voir les loyers baisser ; Mais en tant que propriétaire.
Il voudrait bien les voir hausser.
On peut tout dire en quatre mots :
Par un mot on fonde un empire ; Par deux mots on peut le détruire Tout consiste dans l'à-propos.
On peut tout dire en quatre mots ; Mais j'en ai mis sept pour le dire.
Le marteau disait à l'enclume :
Vous n'avez pas douceur de peau.
— Vous n'avez pas douceur de plume^^ Répondit l'enclume au marteau.
— Et moi, dit le clou, mes confrères^ Croyez-vous que mon sort soit beau De vivre entre deux adversaires, Entre gendres et belles-mères.
Entre l'enclume et le marteau ?
Il fut trop heureux en affaires ; Ses entreprises trop prospères L'ont fait exigeant à l'excès ; Les réussites ordinaires Lui paraissent des insuccès.
Le moindre succès l'indispose ; Un seul retard a quelque chose De neuf, d'amer et d'irritant.
C'est toujours la feuille de rose Qui blesse la peau du Sultan.
N'irons-nous plus au bois ?
Notre siècle qui passe A-t-il perdu la grâce ?
A-t-il perdu la trace Qu'il suivait autrefois ?
Notre corps, sa souplesse ?
Notre esprit, sa jeunesse ? Notre cœur, sa tendresse ?
N'irons-nous plus au bois ?
On ne croit plus à rien, on ne croit plus aux fées. De titres, de valeurs, les têtes sont coiffées. Adieu, récits du soir, contes roses et bleus ! On ne voyage plus aux pays fabuleux.
Dont la géographie avec exactitude N'a pu, dans aucun temps, fixer la latitude. Qui donc s'embarquerait au hasard du chemin. Sans boussole, sans guide et sans carte à la main ? Les têtes aujourd'hui sont autrement coiffées : On ne croit plus à rien, on ne croit plus aux fées.
Après sa mort, Raymond fut mis en terre. Un poète gagé grava sur son tombeau :
« Ci-gît Raymond, bon époux et bon père ; Il fut juste, il fut grand, il fut fort, il fut beau, Il fut... » L'auteur signa son œuvre avec paraphe.
Par un miracle, ou je ne sais comxment. Le mort revint à vie et lut son épitaphe... Jugez de son étonnement !
Je cheminais dans une allée.
Un oiseau dans l'arbre caché Avec fracas prend sa volée Et m'indique son nid perché.
Il croyait, pauvre créature.
Avoir excité mon courroux.
Nous pensons tous que la nature Ne doit s'occuper que de nous.
Fi du poète méthodique Qui produit chaque jour, Horloge mécanique, Son double tour !
Poésie, Fantaisie, Caprice du vent et de l'air ; Éclair !
Autrefois un seul fil de laine Occupait deux mains d'ouvrier ; Hier, on inventait un métier Pour en filer une centaine Qui sera demain un millier.
Est-ce à dire que le salaire Pourra manquer aux travailleurs ?
Non ; la nature tutélaire Trouvera leur pâture ailleurs.
Vous admirez cette incidence Sans vouloir aller au-delà.
Comment expliquez-vous cela Si vous niez la Providence ?
Si vous y croyez, nommez-la.
Le curé parlant à l'église
Du petit nombre des élus,
Que croyez-vous que chacun dise ?
« Mon Dieu, je ne le ferai plus. «
Chacun ajoutait en soi-même :
« Je cherche sans l'avoir trouvé
Ce chrétien, ce juste suprême
Qui mérite d'être sauvé.
Certes, ce n'est pas ma voisine,
Ni davantage mon voisin.
Ni le mari de ma cousine,
Ni la femme de mon cousin.
Partout, chez tous, l'erreur abonde ;
En vérité, je vous le dis.
Je ne vois que moi dans ce monde
Qui doive aller en Paradis. »
A nul engagement Liber n'a consenti ; A nulle opinion il ne s'est converti : Il est de son pays, et non de son parti.
On s'incline sur son passage ; C'est un arbitre, c'est un sage.
Peu de dehors assurément ; Mais quel tact et quel jugement !
Dès longtemps chacun et chacune Ont prédit sa haute fortune.
Regardez passer, le voici :
L'homme a qui tout a réussi.
Un beau jour la tempête éclate ; Le bonheur s'est cassé la patte.
Et le héros, l'homme aux gros sous, Est dans le troisième dessous.
Il mourra pauvre et plein de honte Or comme c'est la fin qui compte, Regardez passer, le voici :
L'homme à qui rien n'a réussi.