DIMANCHE MATIN
Un dimanche matin, Roger était en chasse
Avec son chien Minos, bête de noble race,
Qui, dit-il, arrêtait la perdrix à cent pas...
Oui, quand il en trouvait ; mais il n'en trouvait pas.
Donc, ce jour-là, portant son fusil en quenouille,
Il revenait pensif ; il revenait bredouille.
Il vit, tout en marchant, que pas un être humain.
Homme, femme ni gars, n'était sur le chemin.
Un silence de mort planait sur la campagne.
Ces voix d'enfants, qui vont du val à la montagne.
Et qui, se modulant sur un pli de terrain.
Apportent à l'oreille un rustique refrain.
Se taisaient. Pas un son, qu'un soupir de colombe,
Ou le bruissement d'une feuille qui tombe.
Ou bien un cri de coq solennel et perçant
Qui défie au combat quelque rival absent.
Des bœufs, sans conducteur, comme des enfants sages.
Ruminaient librement épars dans les herbages.
Notre chasseur eût pu songer avec effroi
Que la création avait perdu son roi.
S'il n'avait été là, causant avec lui-même.
Et cherchant, à part soi, le mot de ce problème :
« Ce pays, à coup sûr, n'est pas inhabité,
Pourquoi les habitants ont-ils tous déserté ?
Où sont-ils ? » Vers le gros du village il s'avance ;
Partout même désert, partout même silence.
Les volets sont poussés à toutes les maisons
Qui se ferment aux yeux comme autant de prisons.
Du château qu'il habite, hésitant, il s'approche.
Personne. Oh sont-ils donc ? où sont-ils ? Une cloche
Retentit à l'instant dans le breffroi voisin
Est-ce l'heure qui sonne, ou si c'est le tocsin ?
Non : un coup, deux et trois... et puis la cloche cesse
« Ah ! parbleu ! dit Roger, ils sont tous à la messe !
Gens crédules, qui font ce qu'ont fait leurs aïeux.
Et feront de leurs fils ce que l'on a fait d'eux.
O pauvre humanité ! combien de temps encore
Attendrons-nous ce jour, ce jour qui doit éclore,
Où les peuples errants et les prêtres divers
Ne connaîtront qu'un Dieu maître de l'univers ;