‹ Pages choisies de NadaudChapitre 130 sur 146 · LE ZUYDERZÉE · texte numérisé non relu

LE ZUYDERZÉE

Un bon paysan de Hollande Brave homme s'il en fut, bien que fort entêté,

Se plaignait un certain été

De la sécheresse trop grande.

En Hollande, au bord de la mer, Pourquoi n'a-t-on pas d'eau l'été comme l'hiver ?

C'est à vous que je le demande.

Mais tout séchait sur pied, et lui tout le premier. Que peut un paysan naïf mais volontaire, Pour forcer l'eau du ciel à tomber sur la terre ? Il s'en alla trouver son voisin, marguillier.

Qui lui conseilla quelques messes.

Il eut l'honneur de les payer ; Il fit à son curé les plus belles promesses,

En y joignant tm bénitier.

Abandonna la pipe, et la bière et le reste, '

Le tout pour se mortifier.

Rien n'y faisait, et le fléau céleste De plus en plus envahissait son champ.

« Parbleu ! dit-il un soir en se couchant, Mon curé, mon voisin et moi sommes bien bêtes : (Il se trompait fort, à mon gré.

Pour le curé,) Nous réunissons nos trois têtes Pour trouver quoi ? Rien qu'un peu d'eau, Quand j'ai là-bas, au bout de mon préau, La mer qu'enferme une digue de taille.

Et qui de mon terrain dépasse le niveau. Faisons un trou dans la muraille. »

Le lendemain matin, le voilà qui travaille

Avec la pioche et le marteau L'eau s'empresse aussitôt de lui rendre visite ;

Même elle court un peu trop vite :

<' Oh ! halte-là ! rebouchons notre trou.

Assez, assez, trop » Pauvre fou.

L'eau, s'élançant de sa digue brisée.

Emporta le bouchon, le mur, l'homme et le champ Et cette plaine, ainsi par ses soins arrosée. Forme depuis un golfe assez méchant Qu'on appelle le Zuyderzée.

Parbleu ! tu trouveras cette fable sans sel. Suffrage universel.

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