TROP TARD
Hier, pour cueillir la framboise,
Je m'en vais d'abord
Au chemin du Nord :
Je me dirigeais vers Pontoise.
Ma montre, il paraît.
Hier retardait.
J'arrive ; l'horloge ennemie S'apprête à sonner la demie.
Prompt comme l'oiseau,
Je vole au bureau ; Je dis de ma voix la plus ferme « Pontoise ! » Le guichet se ferme.
Trop tard !
J'ai manqué le départ.
Il me faut errer dans la gare.
Que faire en errant
Une heure durant ? Je vais allumer un cigare.
Que faire en fumant ?
Penser tristement A ceux qui là-bas vous attendent ; Ils sont treize qui me demandent.
Le couvert est mis ;
Salut, mes amis.
L'air est doux, le ciel est superbe.
Comme on doit être bien sur l'herbe !
Trop tard !
J'ai manqué le départ.
On dit qu'autrefois la fortune
Doucement allait
En cabriolet ; Mais cette lenteur l'importune
Un train de vapeur
Ne lui fait plus peur.
La foule se presse aux portières ; Les premiers prennent les premières.
C'est bien : les seconds
Auront les wagons ; La vapeur siffle ; le train vole :
Voilà l'express pour le Pactole !
Trop tard !
J'ai manqué le départ.
On devrait plaindre, en ce bas monde,
Ceux que le hasard
Fit naître en retard, Ne fût-ce que d'une seconde.
Je suis dans ce cas,
Et n'en riez pas.
Car je vous entraîne en ma chute :
C'est à ce fragment de minute
Qu'on doit la façon
De cette chanson.
Si je n'avais pas manqué l'heure.
J'en aurai<i fait une meilleure.
Trop tard !
J'ai manqué le départ ^.
I. Nadaud ajoute avec bonhomie dans les Commentaires : « Aucune allusion particulière. J'ai manqué bien des trains avec et sans chemin de fer. Mais j'ai toujours fini par arriver. »