‹ Pages choisies de NadaudChapitre 36 sur 146 · TROP TARD · texte numérisé non relu

TROP TARD

Hier, pour cueillir la framboise,

Je m'en vais d'abord

Au chemin du Nord :

Je me dirigeais vers Pontoise.

Ma montre, il paraît.

Hier retardait.

J'arrive ; l'horloge ennemie S'apprête à sonner la demie.

Prompt comme l'oiseau,

Je vole au bureau ; Je dis de ma voix la plus ferme « Pontoise ! » Le guichet se ferme.

Trop tard !

J'ai manqué le départ.

Il me faut errer dans la gare.

Que faire en errant

Une heure durant ? Je vais allumer un cigare.

Que faire en fumant ?

Penser tristement A ceux qui là-bas vous attendent ; Ils sont treize qui me demandent.

Le couvert est mis ;

Salut, mes amis.

L'air est doux, le ciel est superbe.

Comme on doit être bien sur l'herbe !

Trop tard !

J'ai manqué le départ.

On dit qu'autrefois la fortune

Doucement allait

En cabriolet ; Mais cette lenteur l'importune

Un train de vapeur

Ne lui fait plus peur.

La foule se presse aux portières ; Les premiers prennent les premières.

C'est bien : les seconds

Auront les wagons ; La vapeur siffle ; le train vole :

Voilà l'express pour le Pactole !

Trop tard !

J'ai manqué le départ.

On devrait plaindre, en ce bas monde,

Ceux que le hasard

Fit naître en retard, Ne fût-ce que d'une seconde.

Je suis dans ce cas,

Et n'en riez pas.

Car je vous entraîne en ma chute :

C'est à ce fragment de minute

Qu'on doit la façon

De cette chanson.

Si je n'avais pas manqué l'heure.

J'en aurai<i fait une meilleure.

Trop tard !

J'ai manqué le départ ^.

I. Nadaud ajoute avec bonhomie dans les Commentaires : « Aucune allusion particulière. J'ai manqué bien des trains avec et sans chemin de fer. Mais j'ai toujours fini par arriver. »

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