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ÉLOGE DE LA VIE

Je vois, je respire, je sens.

J'écoute, je marche, je pense.

Mon âme vers le ciel s'élance.

Et des membres obéissants Secondent mon intelligence.

Je vis ! J'en rends grâce au destin.

Que d'autres méprisent la vie !

Ma soif ne s'est pas assouvie, Et je veux ma part du festin Où le Créateur me convie.

Je contemple, heureux spectateur,

Cette fête de la nature.

Et, de ma chétive stature.

Je cherche à comprendre l'Auteur

De cette immense architecture.

Pour semer sur nous ses trésors

Ses mains libérales s'abaissent ;

Notre âme et nos yeux s'en repaissent,

Et, des besoins de notre corps,

Il fait des plaisirs qui renaissent.

Il a varié les saisons A l'exemple de nos caprices ; Nous rêvons mers et précipices, Et vers nos étroites maisons Nous retournons avec délices.

Le charme au but vient s'allier :

Les fruits germent des fleurs sans nombre,

Et dans la forêt pleine d'ombre

Pousse le bois de mon foyer

Pour le retour de l'hiver sombre.

Je goûte la paix du sommeil.

L'abandon d'une causerie.

Et les beaux arts et l'industrie.

Et ta splendeur, ô mon soleil !

Et ton haleine, ô ma patrie !

L'instant vole et s'épanouit ;

Mais je le fixe en ma pensée.

Et son image retracée

Rend un charme au plaisir qui fuit,

Et même à la douleur passée.

De chaque fruit, fût-il amer, On exprime une molle essence, Et je la recueille d'avance.

Pour plus tard embaumer mon air Des parfums de la souvenance.

Seigneur, vous êtes généreux ; Je vous bénis et vous implore De mon couchant à mon aurore :

Heureux, et même malheureux.

Mon Dieu, faites-moi vivre encore !

C'est le cri de l'humanité.

Cri de salut ou de détresse :

Aimer dans sa verte jeunesse.

Penser dans sa maturité, Se faire aimer dans sa vieillesse.

Et quand le souffle aérien

Fuira notre dépouille blême.

Se survivre encore à soi-même

Dans l'estime des gens de bien.

Et dans le cœur de ceux qu'on aime^.

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