‹ Pages choisies de NadaudChapitre 82 sur 146 · NOSTRA CULPA · texte numérisé non relu

NOSTRA CULPA

Oui, je le sais, je sais que nous fûmes coupables

En notre aveuglement !

Le vice et l'intérêt nous rendaient incapables

D'un juste sentiment.

Nous avons supporté toutes les tyrannies.

Sans perdre notre orgueil.

Et laissé notre honneur aller aux gémonies

Sans en porter le deuil.

Mais mon Dieu, Dieu puissant, qui fûtes sans clémence

Pour notre iniquité, Ce châtiment cruel, ce châtiment immense.

L'avons-nous mérité ?

Nous nous sommes montrés confiants en nous-mêmes.

Sévères pour autrui ; Nous n'invoquions le nom de Dieu qu'en nos blasphèmes.

Nous nous passions de lui ; Nous prétendions régner sur le globe où nous sommes ;

Il n'est pas un de nous Qui ne se crût habile à gouverner les hommes :

Tout dessus, rien dessous.

Mais, mon Dieu, Dieu puissant, qui fûtes sans clémence

Pour notre impiété, Ce châtiment cruel, ce châtiment immense.

L'avons-nous mérité ?

Nous avons applaudi les œuvres insensées

Des modernes auteurs.

Nous avons avili nos cœurs et nos pensées

A ces arts corrupteurs ; Et notre âge viril et notre enfance sainte,

Loin de se détourner.

De théâtre et de vers, de musique et d'absinthe

Allaient s'empoisonner !

Mais mon Dieu, Dieu puissant, qui fûtes sans clémence

Pour notre inanité.

Ce châtiment cruel, ce châtiment immense,

L'avons-nous mérité ?

Il nous restait du moins, dans cette décadence

Du goût et des beaux-arts, Le culte du pays et de l'indépendance,

La vertu des soudards.

Eh ! bien, Sedan a vu les soldats de l'Empire,

Sans remords, sans combats, Traiter... (non ces mots-là ne peuvent pas s'écrire !

Ils se disent tout bas.)

Mais, mon Dieu, Dieu puissant, qui fûtes sans clémence

Pour notre lâcheté, Ce châtiment cruel, ce châtiment immense,

L'avions-nous mérité ?

Deux hommes, (l'univers gardera leur mémoire !)

Ont servi vos décrets.

L'un et l'autre, fatal ; victorieux sans gloire,

Et vaincu sans regret.

Ils se sont entendus pour commettre le crime.

Comme des meurtriers :

Et nous, peuple trahi, nous sommes la victime

De ces deux justiciers !

0 mon Dieu, Dieu puissant, qui fûtes sans clémence

Pour notre indignité.

Ce châtiment cruel, ce châtiment immense,

Nous l'avons mérité ! ^.

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