N'OUBLIONS PAS
Un bon paysan de Champagne
Disait : « Nous avons bien souffert ;
Ils ont fait un vaste désert
De notre si riche campagne.
Mais, quand les malheurs sont passés,
On y pense toujours assez.
Après la délivrance,
Oublions la souffrance ! »
Il ajoutait 1>out bas :
« N'oublions pas !
Après la délivrance.
Oublions la souffrance...
N'oublions pas ! »
« Ils ont brûlé notre chaumière,
Elle était vieille sans mentir ;
Il eût fallu la rebâtir
De l'une ou de l'autre manière.
L'incendie a parfois raison ;
La chaumière devient maison.
Voyez la différence :
Oublions la souffrance ! »
Il ajoutait tout bas
« N'oublions pas !
Voyez la différence :
Oublions la souffrance...
N'oublions pas ! />
Ils ont saccagé blés et vigne :
Après quelques ans révolus On ne s'en apercevra plus :
La nature est mère bénigne ; Plus l'homme ravage et détruit, Plus elle engendre et reproduit.
Voyez quelle apparence !
Oublions la souffrance ! »
Il ajoutait tout bas :
« N'oublions pas !
Voyez quelle apparence !
Oublions la souffrance...
N'oublions pas ! »
« J'ai trois enfants, j'en avais quatre ; Le premier, il avait vingt ans...
Nous l'oublierons avec le temps ; A quoi bon se laisser abattre ? »
Il dit aux trois autres enfants :
« Ne pleurez pas ! je le défends,
Vous êtes l'espérance ;
Oubliez la souffrance ! »
Il ajoute tout bas :
« Ne pleurez pas !
Vous êtes l'espérance,
Vous vous nommez la France !
N'oubliez pas ! »