‹ Pages choisies de NadaudChapitre 84 sur 146 · N'OUBLIONS PAS · texte numérisé non relu

N'OUBLIONS PAS

Un bon paysan de Champagne

Disait : « Nous avons bien souffert ;

Ils ont fait un vaste désert

De notre si riche campagne.

Mais, quand les malheurs sont passés,

On y pense toujours assez.

Après la délivrance,

Oublions la souffrance ! »

Il ajoutait 1>out bas :

« N'oublions pas !

Après la délivrance.

Oublions la souffrance...

N'oublions pas ! »

« Ils ont brûlé notre chaumière,

Elle était vieille sans mentir ;

Il eût fallu la rebâtir

De l'une ou de l'autre manière.

L'incendie a parfois raison ;

La chaumière devient maison.

Voyez la différence :

Oublions la souffrance ! »

Il ajoutait tout bas

« N'oublions pas !

Voyez la différence :

Oublions la souffrance...

N'oublions pas ! />

Ils ont saccagé blés et vigne :

Après quelques ans révolus On ne s'en apercevra plus :

La nature est mère bénigne ; Plus l'homme ravage et détruit, Plus elle engendre et reproduit.

Voyez quelle apparence !

Oublions la souffrance ! »

Il ajoutait tout bas :

« N'oublions pas !

Voyez quelle apparence !

Oublions la souffrance...

N'oublions pas ! »

« J'ai trois enfants, j'en avais quatre ; Le premier, il avait vingt ans...

Nous l'oublierons avec le temps ; A quoi bon se laisser abattre ? »

Il dit aux trois autres enfants :

« Ne pleurez pas ! je le défends,

Vous êtes l'espérance ;

Oubliez la souffrance ! »

Il ajoute tout bas :

« Ne pleurez pas !

Vous êtes l'espérance,

Vous vous nommez la France !

N'oubliez pas ! »

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