Sorte de demi-pique dont étaient armés les officiers
les coups de feu que j'avais reçus et par le sang que j'avais perdu. Cependant mes camarades pressèrent si bien les Anglais qu'ils les obligèrent à se retirer entre leurs deux ponts, où, les accablant de grenades et de flacons de poudre qui brûlaient jusqu'à leurs habits, ils les contraignirent d'amener.
J'étais entre les mains du chirurgien qui, me voyant sans connaissance, employait toute son habileté à me faire reprendre mes esprits, et, quand il en fut venu à bout, je lui demandai si nous étions vainqueurs ou vaincus. 11 m'apprit, avec une joie que l'idée d'une grande fortune lui inspirait, que le vaisseau anglais était à nous, qu'il revenait d'Angole ^, que son lest était de morphil ou d'ivoire, et sa charge de cinq cent cinquante nègres, avec beaucoup de poudre d'or. Véritablement on ne pouvait faire une plus riche prise. Aussi mes confrères s'en applaudissaient-ils, en faisant éclater leur ravissement par des transports inexprimables. Mais hélas! que leur joie fut de courte durée! ils n'eurent pas le temps de compter leurs richesses. La fortune les leur enleva bien promptement. Elles ne furent à eux que depuis huit jusqu'à onze heures du matin et ils payèrent chèrement une si courte possession.
En voulant gagner la Quaye Saint-Louis, qui était le port français le plus proche de l'endroit où nous nous trouvions, nous allions justement à la rencontre du Jarsey, navire anglais, garde-côtes, de cinquante-quatre pièces de canon. Ce vaisseau croisait sur les côtes de l'Espagnola ^ avec une frégate de trente-six pièces. Notre bâtiment était si délabré que nous n'eûmes pas même la pensée de chercher à leur échapper. Néanmoins, dans notre désespoir, nous nous préparâmes à nous défendre. Je me fis porter sur le pont où, ne pouvant me soutenir même assis, on m'accommoda de