‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 42 sur 45 · Sur la côte occidentale de Sainl-DoininLfue · texte numérisé non relu

Sur la côte occidentale de Sainl-DoininLfue

ton ^ dans une prison où l'on mettait ordinairement les nègres déserteurs. Huit jours après, il nous manda pour nous exhorter à servir contre la France, m'ol'frant en particulier un plus grand vaisseau que celui que je venais de perdre. Nous lui répondîmes tous sans hésiter que nous étions nés sous le pavillon blanc et que nous y voulions mourir. Irrité de notre réponse, qui lui parut un reproche que nous lui faisions d'avoir tourné casaque à son prince, il donna ordre fort charitablement qu'on diminuât nos vivres, et qu'on nous reconduisît en prison par des chemins remplis de broussailles et d'une espèce d'épines, appelée raquette, dont les pointes déchiraient nos jambes nues et nous entraient dans la plante du pied. Sitôt que nous étions arrivés à notre prison, nous étions obligés de nous arracher soigneusement les uns aux autres toutes ces épines, parce qu'autant qu'il en restait de pointes dans notre chair, autant il s'y formait d'abcès douloureux.

Le dessein qu'avait le vieux renégat de nous contraindre à trahir comme lui notre patrie, nous procurait si souvent l'honneur de lui aller de cette manière faire notre cour à Keneston, que nos plaies n'étaient pas plus tôt guéries que nous nous en faisions de nouvelles. Outre cela, les soldats qui nous conduisaient, ravis de se voir autorisés à nous maltraiter, nous tourmentaient de mille autres façons, étant persuadés qu'ils faisaient par ce moyen grand plaisir au gouverneur. Pendant l'espace de six mois que nous demeurâmes dans cet endroit affreux, cinq de nos camarades succombèrent aux maux qu'on nous fît souffrir. Ces prisonniers infortunés contribuèrent eux-mêmes après leur mort à augmenter nos peines, puisqu'on laissait pourrir leurs cadavres à nos yeux, sans qu'il nous fût permis de les couvrir de terre, et de leur donner ainsi du moins la sépulture.

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