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XII INTRODUCTION

très honnêtes gens (il y a pourtant Alphonse et Fernand de Leyva) et peu de coquins (Ambroise et Rafaël) : la très grande majorité se compose de maniaques à idées fixes. Considérez le docteur Sangrado, le chanoine Sedillo, le poète Nunez, l'archevêque de Grenade, la duègne Sephora, le duc de Lerme lui-même; ils ont tous leur marotte : qui est l'eau claire, ou la bonne chère, ou la Muse, ou la vanité d'auteur, ou la galanterie, ou l'intrigue. Ils sont tous incorrigibles, d'un ridicule immuable : ils incarnent chacun l'un des mille travers de l'humanité. Ils se profilent sur le fond du roman, les uns après les autres : quelques-uns pourtant reparaissent plusieurs fois, pour rompre la monotonie du procédé. L'auteur a d'ailleurs introduit dans son œuvre autant de variété que le sujet en comportait : tantôt ce sont des récits intercalés qui viennent relâcher au bon moment le iil de l'intrigue; tantôt ce sont de petites scènes comiques, toutes prêtes pour la scène; tantôt de grands tableaux d'histoire, qui t'ont songer à un Saint-Simon moins âpre et moins artiste. Enfin Gil Blas, par cette riche complexité de l'action, par cette vivante cohue de types fidèlement copiés, ressemble à une vaste comédie humaine, dont le spectacle laisse une impression un peu triste, comme fait toujours la réalité pure : Lesage a été le Balzac de son temps, avec moins de pénétration et plus de style.

Ses autres romans sont loin de valoir celui-là. On ne peut faire qu'un Gil Blas, et Lesage a imprudemment essayé d'en l'aire trois autres. D'ailleurs il ne s'est plus donné la peine de tirer grand'chose de son propre fonds, qu'il avait un peu épuisé : il s'est borné à imiter d'assez près des modèles espagnols. Cela se sent de reste, et suffirait à démontrer, par comparaison, l'originalité du Gil Blas.

VHistoire de Guzman dC Alfarache (1732), prise de Mateo Aleman, n'a pas grande valeur. A part une jolie peinture de la vie des mendiants à Rome, on n'y trouve guère qu'une plaisante revue des espiègleries et fourberies du héros : c'est un recueil de bons tours, bien vite lassants. Il n'est pas en somme fort intéressant de savoir comment s'y prit Guzman pour dérober les confitures d'un cardinal romain, ou pour voler un pauvre diable d'apothicaire. Il y a de la gaieté dans ces récits, mais on y trouve aussi beaucoup trop de cette vulgarité triviale, dont on peut déjà sur-

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