‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 9 sur 45 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

bataillé pendant près de cinquante ans sur terre et sur mer au service du roi. Ce hardi forban avait trouvé le moyen, à ses moments perdus, d'écrire ses mémoires; Lesage, qui en eut connaissance, fut chargé par sa veuve de les mettre au jour, après les avoir revus et arrangés. Telle est du moins l'histoire qu'il nous raconte dans la préface de son livre, et il n'y a aucune raison pour la mettre en doute. En tout cas ces aventures, authentiques ou non (elles semblent généralement l'être par la précision et l'exactitude des détails), sont d'un intérêt autrement captivant que les sempiternelles odyssées des Guzman et des Estebanille. La scène se passe au temps des guerres de Louis XIV (guerre de la ligue d'Augsbourg, guerre de la succession d'Espagne) dans cette Nouvelle-France que devait bientôt livrer aux Anglais la coupable incurie d'un Louis XV. L'auteur nous transporte successivement au Canada, en Acadie, chez les Iroquois, chez les Hurons, aux Antilles, en Irlande; il nous retrace la vie aventureuse de ces audacieux corsaires, sortis de File de Saint-Domingue, qui si longtemps avaient désolé la mer des Antilles, courant sus aux navires espagnols, les abordant et les capturant avec une intrépidité inouïe, et qui alors tournaient contre les Anglais tous leurs efforts et leur infligeaient en mainte rencontre des pertes cruelles. Il y a dans ces récits une verdeur de ton, un pittoresque saisissant et sobre, qui leur donnent un attrait singulier. Lesage, qui était Breton, a su parler de la mer avec une compétence et aussi avec une sympathie toutes nouvelles dans noire littérature. Enfin, si l'on songe que d'un bout à l'autre de ces romanesques aventures, c'est de la France qu'il s'agit, de l'honneur de son pavillon engagé sur les mers les plus lointaines, on éprouve encore aujourd'hui une mâle satisfaction à lire la relation de tous ces héroïques faits d'armes. La curiosité n'y trouve pas moins son compte que le patriotisme : car on y rencontre maint détail curieux sur les mœurs et les coutumes de ces pays reculés. Les Ave^itures de Beauchêne reluisent d'une couleur Locale, infiniment moins poétique et moins luxuriante, mais peut-être plus authentique, que celle des Natchez de Chateaubriand.

On peut malheureusement trouver que le caractère du héros principal est un peu chargé : on y reconnaît trop la main de Lesage. L'auteur, pour satisfaire le goût du jour

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