ONGLE ET NEVEU
aveugle, des résolutions sans efTet, mille prétextes inventés à plaisir, une maudite condescendance, tout ce que j*ai pu ou puis faire encore (mais, par ma
barbe! je ne ferai plus rient) Où me menez-vous à
votre suite? Vous êtes aussi entêté
Valentin. Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère
Van Buck. Non, monsieur; n'interrompez pas. Vous êtes aussi obstiné que je me suis, pour mon malheur, montré crédule et patient. Est-il croyable, je vous le demande, qu*un jeune homme de vingt-cinq ans passe son temps comme vous le faites? De quoi servent mes remontrances; et quand prendrez-vous un état? Vous êtes pauvre, puisqu*au bout du compte vous n'avez de fortune que la mienne; mais, finalement, je ne suis pas moribond, et je digère encore vertement. Que comptez-vous faire d'ici à ma mort?
Valentin. Mon oncle Van Buck, vous êtes en colère, et vous allez vous oublier.
Van Buck. Non, monsieur ; je sais ce que je fais. Si je suis le seul de la famille qui se soit mis dans le commerce, c'est grftce à moi, ne l'oubliez pas, que les débris d'une fortune détruite ont pu encore se relever. n vous sied bien de sourire quand je parle) Si je n'avais pas vendu du guingan à Anvers, vous seriez maintenant à l'hôpital avec votre robe de chambre à fleurs. Mais, Dieu merci, vos chiennes de bouillottes
Valentin. Mon oncle Van Buck, voilà le trivial; vous changez de ton, vous vous oubliez; vous aviez mieux débuté que cela.
Van Buck. Sacrebleut tu te moques de moi? Je ne suis bon apparemment qu'à payer tes lettres de change? J'en ai reçu une ce matin : soixante louis! te railles-tu des gens? il te sied bien de faire le fashionable (que le diable soit des mots anglais !),^ quand tu ne peux pas payer ton tailleur! C'est autre chose de descendre d'un beau cheval pour retrouver au fond d'un hôtel une bonne famille opulente, ou de sauter à
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n4 PAGES CHOISIES D'ALFRED DE MUSSET
bas d'un carrosse de louage pour grimper deux ou trois étages. Avec tes gilets de satin, tu demandes, en rentrant du bal, ta chandelle à ton portier, et il regimbe quand il n'a pas eu ses étrennes. Dieu sait si tu les lui donne tous les ans ! Lancé dans un monde plus riche que toi, tu puises, chez tes amis, le dédain de toi-même; tu portes ta barbe en pointe et tes cheveux sur les épaules, comme si tu n'avais pas seulement de quoi acheter un ruban pour te faire une queue. Tu écrivailles dans les gazettes ; tu es capable de te faire saint-simonien quand tu n'auras plus ni sou ni maille, et cela viendra, je t'en réponds. Va, va! un écrivain public est plus estimable que toi. Je finirai par te couper les vivres, et tu mourras dans un grenier.
Yalentin. Mon bon oncle Van Buck, je vous respecte et je vous aime. Faites-moi la grâce de m'écouter. Vous avez payé ce matin une lettre de change à mon intention. Quand vous êtes venu, j'étais à la fenêtre et je vous ai vu arriver; vous méditiez un sermon juste aussi long qu'il y a d'ici chez vous. Épargne^, de grâce, vos paroles. Ce que vous pensez, je le sais; ce que vous faites, je vous en remercie. Que j'aie des dettes et que je ne sois bon à rien, cela se peut, qu'y voulez-vous faire? Vous avez soixante mille livres de rente...
Van Bock. Cinquante.
Yalentin. Soixante, mon oncle; vous n'avez pas d'enfants, et vous êtes plein de bonté pour moi. Si j'en profite, où est le mal? Avec soixante bonnes mille livres de rente...
Van Buck. Cinquante, cinquante; pas un denier de plus.
^' Yalentin. Soixante ; vous me l'avez dit vous-même.
Yan Buck. Jamais. Où as-tu pris cela?
Yalentin. Mettons cinquante. Vous êtes jeune, gaillard encore, et bon vivant. Croyez-vous que cela me j^che, et que j'aie soif de votre bien? Vous ne me faites pas tant d'injure; et vous savez que les mauvaises