‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 79 sur 82 · LE PUBLIC ET LES ARTS · texte numérisé non relu

LE PUBLIC ET LES ARTS

^e crois qu*une œuvre d'art, quelle qu*elle soit, vit à deux conditions : la première, de plaire à la foule, et la seconde, de plaire aux connaisseurs. Dans toute production qui atteint Tun de ces deux buts, il y a un talent incontestable, à mon avis. Mais le vrai talent, seul, doit les atteindre tous^deux à la fois. Je sais que cette façon de voir n*est pas celle de tout le monde. Il y a des gens qui font profession de mépriser le vulgaire, comme il y en a qui n'ont foi qu'en lui. Rien n'est plus fatal aux artistes; car qn'arrive-t-il? Qu'on ne veut rien faire pour le public, ou qu'on lui sacrifie tout. Les uns, fiers d'un succès populaire, ne songent qu'au flot qui les entoure, et qui, demain, les laisse à sec. Les conseils qu'on ieur donne se perdent dans le bruit; l'équité leur paraît envie. Couronnée une fois, leur ambition meurt de joie ; ils craignent d'étudier, de peur de différer d'eux-mêmes, et que leur gloire ne les reconnaisse plus. Les autres, trompés par les louanges de leurs amis, le succès manquant, s'irritent; ils se croient mal connus, mal jugés, et crient à l'injustice. On les délaisse, disent-ils, et pourtant, messieurs tels et tels les ont applaudis. Qui ne les goûte pas est ignorant ; ils travaillent pour trois

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