LB PUBUG ET LES ARTS 29S
peraonnes ; l'orguetl les prend, les concentre, letf enivroy et le talent meurt étoufié.
Je voudrais, autant qu*il est en moi, pouvoir com* battre cette double erreur. Il faut consulter les connaisseurs, apprendre d'eux à se corriger, se montrer fier de leurs éloges; mais il ne faut pas oublier le public. Il faut chercher à attirer la foule, à être compris et nommé par elle; car c'est par elle qu'on est de son temps; mais il ne faut pas lui sacrifier l'estime des connaisseurs, ou, qui pis est, son propre sentiment.
On se récriera sur la difficulté de réunir deux conditions pareilles. Il est vrai que c'est difficile, car il est difficile d'avoir \in vrai talent. Mais qui aime la gloire, doit le tenter. Ne travailler que pour la foule, c'est faire un métier; ne travailler que pour lés connaisseurs, c'est faire de la science. L'art n'est ni science, ni métier.
Il n'y a pas de plus grande erreur dans les arts, que de croire à des sphères trop élevées pour les profanes. Ces sphères appartiennent à l'imagination : qu'elle s'y recueille quand elle conçoit; mais, la mainà l'ouvrage, il faut que la forme soit accessible à tous. L'exécution d'une œuvre d'art est une lutte contre la réalité ; c'est le chemin par où l'artiste conduit les hommes jusqu'au sanctuaire de la pensée. Plus ce chemin est vaste, simple, ouvert, frayé, plus il est beau; et tout ce qui est beau est reconnu tel, et a son heure. La nature, en cela comme en tout, doit servir de modèle aux arts; ses ouvrages les plus parfaits sont les plus clairs et les plus compréhensibles, et nul n'y est profané. C est pourquoi ils font aimer Dieu.
(Salon de 1836.)
byGoogk