PHILOSOPHIE, DOMAINE DE L'ERREUR
gouverne la partie influente du genre humain. Quant à la religion des idées, nous avons(rimmense domaine ^ mathématique, qui est comme tout un monde de vérités infaillibles) Puis, dirons nous que Tart dans toutes les directions, n'a pas atteint la vérité?(L"art a depuis long- ^ temps résolu son probl»''me. Il élève l'homme, quand il veut, plus haut que l'homme, vers l'idéal divin^Ouant à la science du monde des corps, certes, elle n'est pas médiocre, en ces siècles modernes, où l'homme enfin se trouve en possession de vraies méthodes pratiques, pour connaître et dompter la nature, et la dompte en elTet chaque jour, avec un(merveilleux bonheur^et une ^ autorité croissante. Où est donc aujou! d'hui le domaine principal de l'erreur? Évidemment, c'est en philosophie. Il est incontestable qu'il y a des obstacles spéciaux aux progrès de la philosophie, et que, jusqu'à présent, ce noble effort de la pensée a été tellement entravé dans sa marche, qu'aux yeux d'un très grand nombre d'hommes instruits, la philosophie semble n'avoir i)as fait encore son premier pas.
Rien de plus spécieux et de plus répandu que cette manière de voir, ^'oici comment on la soutient : « Il est impossible, dit-on, aux plus chauds partisans de la philosophie de nier que la philosophie, comparée à la religion, à l'art, aux sciences mathématiques et naturelles, c'est-àdire à toutes les autres doctrines ou disciplines, ne soit en retard.
< Pendant que la religion atteint son but, mène beaucoup d'hommes à la pratique du bien et donne la jiaix, la justice, la sagesse ou la sainteté à tous ceux qui lui obéissent; pendant quc(j'arta toujours résolu son pro- ^ blême, et que le beau poétique, musical et plastique est atteint autant qu'il est possible à l'humanité sur la terre J^)cndant que les mathématiques donnent à l'esprit humain une inépuisable moisson de vérités infaillibles; pendant que la science de la natui-e, aidée des mathématiques, a créé (le merveilleux et sublime édifice de rastronomie,'\et marche rapidement à la conquête du
monde visible; pendant ce temps, si l'on demande à la philosophie ses résultats certains et ses œuvres utiles, elle reste sans réponse. Le travail de la philosophie n'a presque été, jusqu'à présent, et n'est encore, qu'un stérile maniement de formules vides, un ensemble de questions vaines ou insolubles, et une interminable suite de prolégomènes touchant le point de départ et touchant la méthode. En attendant, la philosophie n'entre point en matière. Elle établit, dit-elle, son procédé, mais elle ne procède pas. Elle discute son point de départ, mais ne part pas. Bien différente de la poésie, par exemple, qui marche droit au but, déploie ses magnifiques spectacles, n'explique pas ce. qui se devine, et laisse dans l'ombre ce qui ne saurait plaire, la philosophie, au contraire, ne marche point au but, met le but en question, reste en deçà du point de départ, regarde comme inconnu ce qui est très connu, va du connu à l'inconnu en sens inverse de ce qu'on attendait, et s'attache aux questions insolubles, et aux préliminaires de celles qu'elle pourrait pénétrer.
« Depuis le commencement du monde, le plus grand nombre des philosophes cherche la clef de la science; mais si l'on ose le dire, ils cherchent la clef d'une porte ouverte. Ils ressemblent à ces enfants qui, dans leurs jeux, se disputent encore quand vient l'heure de finir les jeux.
« Si l'homme comptait sur la philosophie, telle qu'on l'a faite, pour connaître la vérité, chaque homme mourrait sans rien connaître, et le genre humain finirait avant d'avoir pensé. »
Ainsi s'expriment ceux qui nient l'existence d'une philosophie véritable, distincte de la révélation chrétienne.
Lisez l'éloquente préface de Jouffroy aux œuvres de Dugald Steward. Vous y trouverez une entraînante démonstration de cette thèse, que la philosophie ne connaît pas même son objet, loin d'avoir fait son premier pas utile. Nous avons bien longtemps nous-mème