PHILOSOPHIE TROP SPÉCULATIVE
elle ne les a pas toutes suffisamment analysées. Elle n"a jias dit tout son secret, et peut-être ne le sait-elle pas • iicore en son entier. Enfin, il faut bien avouer que la pliilosophie a quelque chose de personnel, comme la lui. Lame qui n'a pas la foi ne croit pas que la foi existe et compte pour rien ses monuments et son symbole. De mèmeQ'esprit, qui n'a pas en lui même la vie philosophique, regarde comme non avenue la lumière du présent, aussi bien que celle du passé!^
Dans tous les cas, il est certain que la philosophie r>t encore entravée par de très grands obstacles. Aujourd'hui, particulièrement, des vices graves paralysent son progrès. Essayons de les faire connaître, et d'analyser ainsi les causes de nos erreurs, afin qu'on les sache éviter.
TROP EXCLUSIVEMENT SPECULATIVE.
En général, ainsi f[ue nous lavons indiqué dans notre Traité de la connaissance de Dieu, les vices intellectuels sont des vices analogues aux vices moraux de l'àme qui ne cherche pas la sagesse avec l'ensemble de ses facultés. De même que la plupart des âmes cherchent plutôt avec l'intelligence qu'avec la volonté, de même, et par conséquent, (le premier et principal vice de la ^ philosophie, c'est de cesser d'être pratique, pour devenir exclusivement spéculative!)
(La vraie philosophie est spéculative et pratique) ^ Pourquoi Socrate a-t-il régénéré la philosophie grecque? Pourquoi Socrate est-il le point de départ de la seule impulsion féconde qu'ait reçue la philosophie ancienne? Parce qu'il combattit les sophistes et les spéculateurs abstraits, en ramenant son école à la partie pratique de la philosophie. Socrate prétendait porter v ses disciples à réaliser en eux mêmes le sublime idéal du sage, dont la vie entière, et comme homme, et comme citoyen, présente aux autres hommes le modèle de
riuimaiiité. Il travaillait à contenir l'essor de la spéculation, par la force d'un bon sens imperturbable, et à soumettre toute prétention scientifique à une obligation d'un ordre plus élevé. Sa spéculation elle-même avait, avant tout, pour objet, les idées de l'ordre moral et religieux, les devoirs, la destination, et le perfection-
t nement moral de l'homme, et(la contemplation de la Providence, dans l'ordre et l'harmonie de la nature, soit au dehors de l'homme, soit au dedans^La substance
^ de sa doctrine était une théorie de la vertu : « Le type de la vertu, disait-il, c'est Dieu, auteur de tout ce qui est bon et beau, et dont la providence gouverne le monde. Le siège de la vertu, c'est l'ame semblable à Dieu par sa nature, et immortelle comme lui. L'essence de la vertu, c'est la sagesse, la justice, la piété, qui répondent aux devoirs envers nous-mêmes, envers les autres hommes et envers Dieu. Les moyens de pratiquer la vertu sont, du côté de l'homme, la connaissance de soi-même et la modération des désirs, et du côté de Dieu : l'inspiration divine. » Toutes les autres sciences et doctrines qui ne peuvent être d'utilité pour la vie pratique, il les donnait pour vaines, sans but, et désagréables à Dieu.
V C'est par cette tendance toute pratique que(^Socrate fit renaître en Grèce la philosophie détruite par les sophistes.") Les sophistes actuels, comme les anciens sophistes, mettent de côté toute la partie pratique de la philosophie, c'est-à-dire sa partie vivante, et ils s'attachent à la partie spéculative isolée.
0\x est aujourd'hui la philosophie complète et vivante?
' Y a-t-il, en Europe, une école de philosophie pure qui enseigne qu'il faut pratiquer pour connaître? Y a-t-il quelque part une discipline morale comme base préparatoire de la philosophie? Non, sans doute. L'idée seule en paraît étrange et fait sourire. Il est donc vrai que la partie pratique de la philosophie est supprimée. Mais supprimer la partie pratique de la philosophie, c'est détruire la philosophie, comme la détruisaient les sophistes.