‹ Pages choisies des grands ecrivainsChapitre 25 sur 39 · NÉCESSITÉ DE LA SAGESSE PRATIQUÉ · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA SAGESSE PRATIQUÉ

En voici une preuve bien sensible. On donne aujourd'hui la psychologie comme base et point de départ de la philosophie. On peut Tadmettre. en un sens, et c'était la pensée de Bossuet. Mais comment parvenir à la psychologie, qui est la science de l'àme? Par l'observation de notre ame. Mais sera-ce par l'observation immédiate de la substance de l'âme? Non certes! ce sera par l'observation des faits moraux et intellectuels dont Tâme est le théâtre et la substance.

Mais pour que ces faits existent et puissent être observés, ne faut-il pas des conditions morales"?

L'âme malade, languissante, abattue, dissipée par la distraction, épuisée par le vice, troublée par l'inquiétude et le remords, est-elle capable de s'observer et estelle observable? Accordons qu'il en soit ainsi: trouveratelle en elle, dans cet état, tous les phénomènes de la vie? Y découvrira-t-elle le rare et sublime spectacle de la liberté en action? (La plupart des sophistes ne nient-ils pas la liberté, parce qu'ils n'ont jamais connu, dans leur âme, l'heure de la liberté?) Pour rappeler l'esprit à lui-même, voir l'âme, et observer la vie, il faut avoir la vie en soi, et porter la lumière dans son âme.(Mais il n'y a de lumière et de vie que dans l'âme attentive, silencieuse, recueillie, capable de lutte et de victoire. Qui ne sait qu'en réalité les idées viennent du cœur, sphère de la vie morale, et qu'elles naissent avec le sentiment qui les produit?X^uand cette vie intérieure se retire, elles vont disparaissant et s'efCaçant de la mémoire, et si elles y laissent quelques traces, ce sont des restes inanimés qu'un jour la réllexion exhume avec surprise, comme des débris de races éteintes. Le travail de la pensée abstraite n'est plus alors qu'un stérile exercice de l'esprit, agissant sur le vide ou sur des mots, débris d'idées. Ainsi, l'absence de la vie morale détruit dans l'âme les faits à observer, et la faculté d'observer. « La vraie base de la philosophie, a dit un philosophe, c'est l'amour pur de la raison pratique vivante, ou l'obéissance à Dieu et à la

bO PAGES CHOISÎES DU R. P. GRATRY

raison. C'est l'accomplissement rigoureux, vigilant, zélé des lois morales, et le mépris de tout autre bien. » Un autre avait dit : « La charité prie, le désir cherche; c'est là ce qui donne l'intelligence. »

(Le premier pas à faire dans la restauration de la philosophie est donc de rétablir sa base pratique, de retrouver le sens moral, de conseiller, de pratiquer soimême la discipline du devoir, comme source d'intelligence) Ce noble effort ranimerait la philosophie languissante, et chaque pas dans la vie morale, appelant la lumière, on comprendrait cette parole du Christ : « Celui qui fait la vérité arrive à la lumière. » La religion et la philosophie s'éveilleraient ensemble dans les cœurs.

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