I. — EXISTENCE DE DIEU
Le pressentiment de l'infini est la source de cotte opération sublime et sainte qui démontre iJieu.
S'il y a de vraies preuves de l'existence de Dieu, ces preuves doivent être à la portée de tous les hommes. Car la lumière de Dieu éclaire et devait éclairer tout homme venant en ce monde.
Donc, pour trouver les preuves utiles de Texistence de Dieu, il faut en chercher l'origine et la réalité dans quelque oi)ération vulgaire et quotidienne de l'esprit humain; et, cette opération sublime et simple étant trouvée, il suffira de la décrire et de la traduire en langue philosophique.
Ensuite on démontrera sa valeur scientifique.
Or, cette opération vulgaire et quotidienne de l'ame humaine, esprit et cœur, intelligence et volonté, n'est autre que le fait universel de la prière; et j'entends, en philosophie, par prière ce que précise Descartes, quand il dit : « Je sens que je suis un être borné, qui tends et ^ qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de i)lus grand que je ne suis. » La prière c'est le mouvement de Tàme du fini vers l'infini.
Le mépris de la réalité présente, si naturel à Ihomme,
l'attente de l'avenir idéal, si habituelle à l'âme, l'instinct du merveilleux et le pressentiment de l'infini, sont la source de cette opération sublime et simple qui démontre Dieu ^
Oui ne le sait! l'âme de l'homme, surtout lorsqu'elle est élevée, pure, dans sa sève et sa jeunesse, conçoit et désire sans limites toutes les beautés et tous les biens dont elle aperçoit quelque trace. On efface toutes les bornes, toutes les limites, toutes les imperfections. On conçoit l'être dans toute sa plénitude : on conçoit l'amour éternel, le bonheur sans vicissitudes, la vérité sans ombres, la volonté plus forte que tout obstacle, la force se jouant de l'espace et du temps, et des merveilles, des créations subites réalisées par une parole, par un geste, par un souhait. Tous ces pressentiments du cœur de l'homme, tous ces rêves dorés de l'enfance, tous ces enivrements du nectar idéal, impliquent une méthode vraie et rigoureusement scientifique. Analysées par la raison, cette poésie, cette foi, contiennent la démonstration rigoureuse de l'existence de Dieu et de ses attributs.
De fait, c'est là le procédé poétique et vulgaire qui, sous la donnée de l'enseignement et de la tradition, élève la plupart des hommes à la connaissance de Dieu. Le spectacle du monde, la conscience de la vie, la vue des êtres finis et des beautés créées, quand le cœur et l'imagination s'en emparent pour les grandir et les pousser à l'infini, par l'effacement du mal, des bornes et des limites, cet élan de l'âme vers l'infini à partir du
1. Le P. Gratry a parfaitement saisi le vrai fondement de l'unique preuve humaine de l'existence de Dieu. La voie de déduction ne saurait, il nous semble, prouver Dieu absolument. C'est l'induction, la voie de transcendance, qu'il faut employer. Mais quand la raison affirme l'existence de l'infini et du parfait à l'occasion du fini et de l'imparfait, elle prouve Dieu avec autant de vigueur que le mathématicien qui affirme de l'infini ce qui est vrai du fini. (Voir Logique, l'induction en géométrie et l'introduction de la cinquième édition.) ^.
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fini, voilà ce qui donne aux hommes l'idée de Dieu, la connaissance et Taniour naturels de Dieu.
Et cet élan intellectuel et moral, dont est capable toute àme humaine, est l'acte et le procédé fondamental de la vie raisonnable et de la vie morale. Nous disons que lacté et le procédé fondamental de la vie raison- ^ naljle et morale consistent, comme s'exprime Bossuet. à passer, sans nul circuit de raisonnement, quoique par un très légitime élan de la raison, du fini à l'infini, de l'être fini réel, qu'on est, qu'on voit, qu'on touche actuellement, à l'être infini, réellement et actuellement existant, qu'implique et que suppose l'existence du fini.
Et tandis que les simples, les ignorants, les humbles et les petits exécutent, par une méthode toute instinctive et poétique, ce mouvement essentiel et principal de la raison, il se trouve que cette naturelle opération de l'àme est le fond de la plus scientifique des méthodes, et cpie toutes les démonstrations de l'existence de Dieu, données par les vrais philosophes de tous les temps, résumées, précisées par le xvii° siècle, ne sont que la traduction philosophique du procédé vulgaire que tous les hommes emploient.
11 faut le répéter, ce procédé consiste, en partant de toul être fini et de toute qualité finie, à affirmer, par la sui)pression des limites du fini, l'être infini, ou les perfections infinies correspondantes au fini que l'on voit.
Et cette affirmation est toujours vraie, par ce principe énoncé par Leibniz, que les régies du fini réussissent datis ^ Vinfini et réciproquement, en d'autres termes, que le fini est une image de l'infini. Ce qui tient, comme l'observe encore Leibniz, à ce que tout est gouverné de Dieu, lequel gouverne tout conformément à lui-même.
( le procédé est aussi certain que la géométrie à laquelle il s'applique d'ailleurs. Le calcul infinitésimal est cette ap|)lication.
D'un autre côté, par le fait, jamais ce procédé ne s'exécute explicitement et n'atteint Dieu, que par un
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