H. — VIE DE L AME
L'âme est une parole de Dieu.
C'était le soir d'un jour de tète. J'étais seul, dans ma chambre haute, sur l'un des points les plus élevés de Paris. Jattendais. depuis plusieurs heures, celui qu'ici je nomme mon maître. Or il semble, quand on se recueille lorsque les autres se dissipent, que les rayons de vérité délaissés par tant d'àmes se recueillent vers nous. Je croyais l'éprouver; et, lorsque vint mon maître, j'étais mieux préparé que jamais à l'entendre.
Mon maître est le seul homme vraiment profond et. pleinement savant que je connaisse. Il sait tout ce qu'ont su les siècles précédents, tout ce que sait le nôtre ; et il voit au delà,(C'est le seul homme avec qui j'ose parler comme je pense, certain d'être compris et certain d'être instruit^
Le soleil d'une si splendide journée s'était lentement abaissé sous l'horizon. Depuis deux heures mes yeux voyaient s'effacer peu à peu la flamme ardente de l'Occident, et se réduire à la ceinture d'or qui succède à la llamme, et puis pâlir la ligne blanche et claire qui remplace l'or, et survenir enfin l'obscurité qui, pendant un instant, semble vouloir remplacer tout. Mais quand mon maître vint, les étoiles commençaient à paraître dans un ciel absolument pur; et elles arrivaient une à une, comme des hommes dans une assemblée.
Nous regardions avec admiration et avec émotion se former l'assemblée des étoiles, et nous entendions en
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^ même temps au loin, avec encore plus d'cmotion,(le grand et vague murmure du peuple. Le souffle de cette assemblée d'âmes, de ce peuple d'étoiles raisonnables, aimantes et libres! L'immensité de leurs douleurs, l'immensité de leurs espérances, et l'incessante action de la mort dans cette foule, et l'immuable sérénité du ciel qui regardait la foule, tout ce spectacle, visible et invicible, nous avait réveillé le cœur. Les larmes intérieures ruisselaient, roulant dans leurs torrents féconds d'innombrables germes d'idées.)
Que deviendront-ils tous? dis-je enfin à mon maître. Comment me ferez-vous comprendre, en toute clarté, que Dieu les voit, et les attend, et les développe, et veut en faire un immuable ciel, plein de sérénité, de lumière et d'amour, où tout ce que l'on a rêvé sera?
C'est ce que mon cœur veut absolument. Mais pouvezvous donner à mon esprit la certitude intuitive que les volontés du cœur aboutissent?
Le Maître. Nous ne sommes pas encore dans, l'âge de la lumière et de la claire démonstration. Cet âge pour tant approche, et il y a, dans beaucoup d'âmes, le besoin de la vérité. J'aurais voulu mener ce siècle à cette lumière; mais les esprits sont encore bien partiels, bien isolés entre eux, bien séparés de l'ânie et de ^ la foi. (Les hommes, d'ailleurs, sont encore loin delà sagesse pratique, indispensable condition de la lumièrc'^
Pour avancer dans la vraie science, il faudrait jouir plus souvent de cette limpide conductibilité d'âme, où je vois que vous êtes maintenant : état vrai, où les facultés sont unies, et où les impressions pénètrent jusqu'où elles doivent.
N'avez-vous jamais constaté ce qui suit : lorsque l'on est dans cet état lucide, en présence de la création de Dieu, naturellement trois idées viennent : on voit une chose, et l'on en conçoit trois. On voit la terre, et l'on conçoit la terre, le ciel et Dieu.
Le Disciple. Cela m'est souvent arrivé. Mais je n'ai pas assez suivi cette impression. J'ai voulu quelquefois