‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 26 sur 68 · Voir plus loin le morceau sur Horace · texte numérisé non relu

Voir plus loin le morceau sur Horace

l'antiquité 161

c'est que l'Ida aux mille sources est bien loin, et qu'Ithaque est bien petite; c'est que Rome est Home, et que tous les peuples issus d'elle en ont gardé toujours à leur horizon une vue présente, et ont un reste de sang latin jusque dans leurs veines. Virgile a été le poète du Capitole. Il n'a pas cessé, dans les âges les plus dévastés et les plus durs, d'apparaître comme une puissante et magique personnification de je ne sais quel charme regretté et non tout à fait perdu; il n'a pas cessé d'êlre l'enchanteur Virgile. L'hiver de la barbarie passé, il a présidé aussitôt aux nouvelles aurores. Il avait donné les dernières leçons de tendresse profonde, de suave et noble langage, il a réveillé les premiers échos dans les âmes de génie, et a rouvert le large fleuve de la belle parole. Ceux mêmes qui n'étaient point de sa famille ont d'abord relevé de lui, se sont crus ses fils et l'ont appelé leur père. A mesure que les mœurs de la société se sont adoucies et que la culture moyenne s'est étendue, il a retrouvé son vrai climat éclairé; il a été de plus en plus compris, de mieux en mieux admiré dans la sérénité de sa lumière et le composé savant de ses nuances. Ses peintures de la passion surtout, ses accents de pieuse et humaine pitié, l'ont fait chérir. Aujourd'hui, il est avec Horace de ceux dont on ne se sépare plus, de ceux qu'on emporterait comme des Pénates, s'il fallait absolument quitter le reste de la cité latine et de l'antique patrie. Horace, c'est l'ami; Virgile, c'est le maître et l'ami encore.

{Étude sur Vwgile.)

Page 1