‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 29 sur 68 · M. H. Rigault · texte numérisé non relu

M. H. Rigault

femme un ange, une âme, et d'en avoir parlé en vers comme étant de purs esprits : il en est résulté de beaux élans, et des mélodies sortant des nuages, mais des chutes.

D'autres poètes de nos jours, plus fidèles à la mesure humaine et à notre limite d'horizon, se sont moins éloignés d'Horace, et quelques-uns même ont essayé de traduire en vers, ou, qui plus est, de produire à la scène, telle de ses odes gracieuses, étincelantes.

La moitié du siècle est déjà écoulée, et il semble qu'une ère nouvelle commence : une ère où l'érudition (là où elle existe) prétend à être plus forte, plus approfondie, et où l'instruction, au contraire, a fort à faire pour se soutenir à un niveau moyen. Le monde, pressé de vivre, est de plus en plus lancé dans des directions toutes actuelles, toutes positives. La plupart n'ont le temps de sauver de l'Antiquité que ce qui s'apprend vite et ce qui s'emporte commodément. La barque d'Horace, en passant par ce nouveau détroit pour entrer dans un autre bassin de civilisation, a-t-elle à craindre le moindre risque? Je craindrais pour tous, que j'espérerais encore pour lui seul. Il me semble qu'Horace réunit toutes les conditions pour rester le plus longtemps possible le dernier des Anciens auprès de ceux qui n'auront

ère familiarité ni liaison étroite avec d'autres. Je le souhaite du moins pour l'honneur de cette civilisation qui s'étend dans tous les sens et se transforme. Que ceux à qui la connaissance suivie de l'Antiquité est refusée en acquièrent, en conservent par lui encore le sentiment et la saveur! Quels que

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soient les distractions et les accablements de la vie moderne, il n'aura pas renoncé à la culture délicate de l'esprit ni au commerce honorable avec les Grâces, celui qui aura encore un quart d'heure dans une traversée, dans un ennui d'auberge, dans un quartier d'hiver, n'importe où, si un Horace lui tombe sous la main, pour se relire à lui-même l'ode à Pyrrha, celle au vaisseau de Virgile, l'ode de Posthumus, à Grosphus, à Dellius, le Dialogue d'Horace et de Lydie et le Hoc erat in votis... Je sais trop bien que le très grand nombre ne peut être ainsi; l'essentiel est qu'il y en ait toujours quelques-uns, et que la race n'en périsse pas.

(Article sur Horace, publié à la suite de Y Élude sur Virgile.)

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