‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 8 sur 59 · HILARIUS · texte numérisé non relu

HILARIUS

Ne comptez-vous pas, d'ailleurs, sur le progrès politique et social ?

PROSPERO

C'est la science qui fait le progrès social, et non le progrès social qui fait la science. La science ne demande h la société que de lui laisser les conditions nécessaires à sa vie et de produire un nombre suffisant d'esprits capables de la comprendre. Certes la science, absolument parlant, pourrait se passer d'être comprise; car elle est. Lfî3œu\Tes d'Archimède, d'Euclide, ont dormi mille ans dans les manuscrits, sans que personne les comprît. Mais cela est fort dangereux, et c'est merveille que ces découvertes admirables de la science n'aient pas disparu de la tradition de l'humanité. Il faut lâcher que cela n'arrive plus. Le monde est gouverné presque tout entier par la brutalité. Les paysans indépendants de Schwitz et de Claris ne sont guère plus éclairés que les seigneurs. Les empereurs et les rois pourraient plus pour nous; car ils représentent un principe supérieur au canton et à la seigneurie féodale. Ah ! si les républiques itaUennes voulaient I... Mais elles comprennent peu la science; elles ne vont que jusqu'à l'art. Usons donc de notre

pape, tandis qu'il est malade et qu'il fonde sur mon eau de vie des espérances illimitées. Il accomplit une bonne œuvre, après tout, cet excellent pape. Il force de bons rustiques à faire notre part de travail pendant que nous spéculons. Rien n'est assurément plus légitime. Rappelez- vous ce saint dont un ange laboure le champ, afin qu'il n'ait pas à interrompre sa prière. La prière, ou, pour mieux dire, la spéculation rationnelle, est le but du monde ; le travail matériel est le serf du travail spirituel. Tout doit aider celui qui prie, c'està-dire qui pense. Les démocrates, qui n'admettent pas la subordination des individus à l'œuvre générale, trouvent cela monstrueux, et, quand le sage et libéral Calibaj ne sera plus, je ne sais pas bien ce qui arrivera.

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