L'ÉDUCATION DU PEUPLE
Ennoblissement et émancipation de tous les hommes par l'action ci'S'ilisatrice de la société, tel est le devoir le plus pressant du gouvernement dans la situation présente. Tout ce que l'on fait sans cela est inutile ou prématuré. On parle sans cesse de liberté, de droit de réunion, de droit d'association. Rien de mieux, si les intelligences étaient dans l'état normal; mais jusquelà rien de plus frivole. Des imbéciles ou des ignorants auront beau se réunir, il ne sortira rien de bon de leur réunion. Les sectaires et les hommes de parti s'imaginent que la compression seule empêche leurs idées de parvenir, et s'irritent contre cette compression. Ils se trompent. Ce n'est pas le mauvais vouloir des gouvernements qui étouffe leurs idées ; c'est que leurs idées ne sont pas mûres ; de même que ce n'est pas la force des gouvernements absolus mais la dépression des sujets qui maintient les peuples dans l'assujettissement. Pensez-vous donc que, s'ils étaient mûrs
pour la liberté, ils ne se la feraient pas à l'heure même?
La liberté de tout dire suppose que ceux à qui l'on s'adresse ont l'intelligence et le discernement nécessaires pour faire la critique de ce qu'on leur dit, l'accepter s'il est bon, le rejeter s'U. est mauvais. S'il y avait une classe légalement définissable de gens qui ne pussent faire ce discernement, il faudrait surveiller ce qu'on leur dit; car la liberté n'est tolérable qu'avec le grand correctif du bon sens public, qui fait justice des erreurs. C'est pour cela que la liberté de l'emeignenimt est une absurdité, au point de vue de l'enfant. Car l'enfant, acceptant ce qu'on lui dit sans pouvoir en faire la critique, prenant son maître non comme un homme qui dit son avis à ses semblables afin que ceuxci l'examinent, mais comme une autorité, il est évident qu'une surveillance doit être exercée sur ce qu'on lui enseigne et qu'une autre hberté doit être substituée à la sienne pour opérer le discernement. Comme il est impossible de tracer des catégories entre les adultes, la liberté devient, en ce qui les concerne, le seul parti possible. Mais il est certain qu'avant l'éducation du peuple toutes les libertés sont dangereuses et exigent des restrictions. En effet, dans les questions relatives à la liberté d'exprimer sa pensée, il ne faut pas seulement considérer le droit qu'a celui qui parle, droit qui est naturel et n'est limité que par le droit d'aùtrui, mais encore la position de celui qui écoute, lequel n'ayant pas toujours le discernement nécessaire est comme placé sous la tutelle de l'État. C'est au point de vue de